Questions aux collectivistes

Dans cette rubrique, sont présentés des textes critiques que j'ai adressés à différents auteurs manifestement collectivistes s'exprimant sur le web, ainsi que leurs réponses, quand elles existent.




  • 13 octobre 2003
  • Questions posées par MyMithra au directeur du site www.departmentofintelligence.com
    Sujet: critique de l'article "Le courant Libertarien" :
                             http://www.departmentofintelligence.com/fr/science_politique/scpo8.htm
    Commentaire: Aucune réponse à ce jour.

    Monsieur,
    j'ai lu avec intérêt votre article intitulé "Le courant
    Libertarien" figurant à cette adresse.
    "http://www.departmentofintelligence.com/fr/science_politique/scpo8.htm"

    Votre analyse a le mérite d'être assez objective et
    manifestement
    honnête, et en tant que libertarien, je vous en remercie.

    Je voudrais attirer votre attention sur deux points que je
    souhaite critiquer, points classiques caractéristiques du
    myticisme étatique. Il s'agit de la croyance dans le
    caractère surnaturel de l'Etat et dans les limites de la
    logique.


    1/ Croyance en un état surnaturel.


    Ce qui différencie les hommes de l'Etat des autres, dans la
    réalité, ce n'est pas l'intelligence supérieure, ce n'est
    pas l'omniscience, ce n'est pas non plus la sagesse ou
    l'altruisme : c'est la possibilité du recours massif à la
    force pour faire appliquer leurs décisions. Tout le reste
    est de la mythologie injustifiable, et d'ailleurs à ce jour
    injustifiée.

    Ainsi, il n'y a aucune raison d'aucune sorte, ni empirique
    ni logique, de penser que l'état résolve quelque problème
    que ce soit. Au contraire, puisqu'il peut employer la
    violence, il est certain qu'il le fera dans son intérêt à
    lui, donc au détriment des autres, en créant des problèmes à
    grande échelle.

    Vous voudriez que l'état résolve ce qui pour vous constitue
    des problèmes: mais il n'y a aucune raison pour qu'il en
    soit ainsi. Il faut arrêter de croire au père Noël. L'Etat
    n'est qu'une organisation humaine. En réalité, par sa
    structure même (l'irresponsabilité de ses dirigeants, par
    exemple), l'Etat créé lui-même la plupart des problèmes (les
    guerres et les boucherires massives, par exemple), les
    attribue à d'autres et prétend ensuite les résoudre.
    Un bon exemple est celui du port d'armes. Si l'homme est
    "mauvais", et qu'il faut prohiber les armes, les premiers
    qu'il faut désarmer sont les policiers et les militaires.
    Personne n'a jamais pu expliquer pourquoi il faudrait
    désarmer les uns et armer les autres, et il n'y a, par
    hypothèse même, pas moyen de le faire. C'est une certitude
    logique, puisque les policiers et les militaires sont des
    hommes !!! En pratique, cet état de choses est un instrument
    d'oppression contre les peuples et de guerres meurtrières.


    Si vous pensez que les hommes se conduiront comme des
    criminels s'ils sont libres, pourquoi penser qu'un
    gouvernement choisi par eux (ce qui n'est d'ailleurs même
    pas vrai) et composé d'hommes se conduise mieux ? Pourquoi ?

    2/ Négation des lois de la logique.

    Le deuxième point est votre critique selon laquelle les
    libertariens ne savent pas fixer de "limites" à ce qu'ils
    disent. Ce que vous dites là est assez incroyable, car si
    les prémisses sont bonnes, les conséquences doivent l'être
    aussi : refuser de tirer les conséquences de ses prémisses,
    c'est avouer qu'elles sont fausses ou contradictoires. Il
    s'agit là d'une question de logique simple. Effectivement,
    jamais les étatistes ne pourront tirer toutes les
    conséquences de leurs systèmes, dont l'horreur et les
    contradictions fatales seraient ainsi mises à nue.

    Alors il faut choisir : la logique mène au libertarianisme.
    La déraison et le refus de penser à l'Etatisme. Quel est
    votre camp ?

    Rassurez-vous, j'ai moi-même été croyant pendant des années,
    et même social-démocrate militant. Et un jour j'ai accepté
    de lever le voile qui me bouchait la vue.

    Si vous croyez que l'Etat et son cortège d'oppressions sont
    nécessaires, rappelez-vous cette phrase de l'ex-officier
    nazi Kageneck à propos des camps d'extermination : "En
    réalité nous l'avons su assez tôt, mais nous croyions
    que c'était nécessaire au bonheur du peuple et nous avions
    foi dans nos dirigeants."

    Très cordialement.

    Mickaël Mithra



    Questions posées par MyMithra à Yann Ollivier à propos de son article sur le rôle de l'Etat dans l'économie.
    Sujet: critique de l'article "Rôles de l'Etat dans l'économie".        
    Commentaire: Aucune réponse à ce jour.


    Bonjour,

    comme je passe régulièrement beaucoup de temps sur votre
    site à lire vos très intéressants articles scientifiques, je
    voulais simplement vous remercier. J'ai lu avec grand profit
    vos exposés très clairs, sur les nombres p-adiques et le
    théorème de Gödel, notamment.

    En revanche, j'ai lu avec moins de profit vos articles
    politiques et économiques, et je voulais vous le dire également.
    On voit que vous n'avez pas réfléchi à ces sujets avec la
    rigueur que vous observez ailleurs. Pourquoi ? Par exemple,
    vous parlez de consistance à propos de l'arithmétique, mais
    vous ne vous préoccupez à aucun moment de savoir si vos
    propositions politiques sont consistantes ! Voilà une
    démarche qui serait intéressante de votre part.
    Il est assez consternant aussi de lire sur votre site
    l'apologie de l'association la plus obscurantiste et
    déraisonnable de notre époque, Attac.


    J'aimerais vous demander de réfléchir, si vous avez le
    temps, à ces objections concernant votre court article
    intitulé "Rôles de l'État dans l'économie"
    (http://www.eleves.ens.fr/home/ollivier/eco/roles_etat_economie.html.fr).
    Je vous propose de relire votre article en remplaçant le mot
    "état" par le mot "schtroumpf" (mot neutre) et vous verrez
    que votre texte est une suite d'affirmations sans fondement.

    Je prends un exemple: "De même, la symétrie d'information
    est nécessaire, donc l'État peut réglementer sur ce point."
    Il y a là un non-sequitur, car il n'y a aucune raison
    particulière de penser que l'Etat soit capable de résoudre
    les problèmes de "symétrie d'information", si problème il y
    a. Autre exemple:
    "L'éducation est un préalable indispensable à l'obtention
    d'acteurs économiques un tant soit peu rationnels, donc
    l'État doit intervenir dans l'enseignement". Non séquitur
    encore. Qu'est-ce qui vous fait penser que l'Etat est
    capable de rendre les acteurs économiques rationnels ? Il y
    a là de plus une contradiction dans les termes, si vous
    pensez à un état démocratique, qui n'est là en théorie que
    pour éxécuter la volonté de ces mêmes acteurs irrationnels...

    Il vous faudrait d'abord définir ce qu'est l'Etat, et
    montrer en quoi il résoud les problèmes que vous soulevez.
    Vous ne le faites pourtant à aucun moment. Or il se trouve
    en réalité (ce que vous pourrez découvrir si vous acceptez
    d'analyser ces questions avec la rigueur qui vous
    caractérise), que, loin de résoudre ces problèmes, l'Etat,
    de par sa structure même, doit logiquement les produire.

    Je vous écris tout cela car je trouve dommage de voir un tel
    gaspillage d'énergie (consistant simplement à répéter les
    préjugés de notre époque) chez un individu manifestement
    très brillant comme vous. Je pense que si vous acceptez de
    réfléchir raisonnablement (RATIONNELLEMENT) à ces problèmes,
    vous pourrez peut-être apporter une contribution
    intéressante aux domaines sociaux et politiques.

    Vous pourrez faire facilement votre auto-critique en gardant
    à l'esprit à chaque fois que vous écrivez le mot "état" (et
    à chaque fois que vous le lisez dans un de vos articles),
    que ce qui distingue les hommes de l'Etat REELLEMENT des
    autres hommes, ce n'est ni l'omniscience, ni la
    bienveillance, mais uniquement la capacité à employer à
    grande échelle la force physique pour faire éxécuter leurs
    ordres.

    Très cordialement,

    Mickaël Mithra

  • 4 Août 2003
  • Questions posées par MyMithra à Normand Baillargeon à propos de son débat avec Martin Masse
    Sujet: critique de l'article "Une Réponse à Martin Masse".        
    Commentaire: Aucune réponse à ce jour.

    Cher Monsieur,

    je suis tombé par hasard sur votre texte
    http://www.ao.qc.ca/chroniques/normand/masse.html

    que j'ai lu avec intérêt.

    Votre (grand) mérite est au moins de chercher à connaître
    les idées libertariennes avant d'en parler, ce qui est
    rarissime et je vous en félicite.

    Malheureusement, les critiques que vous formulez sont pour
    la plupart sans objet et trahissent une connaissance en
    réalité déficiente du sujet que vous prétendez posséder.
    Vous dites par exemple : "Débattre du marché avec un
    libertarien est toujours délicat. C'est qu'on a bien du mal
    à savoir de quoi il parle". Vous montrez là que vous n'avez
    pas du tout compris l'essentiel.

    Car la question n'est pas là. Les libertariens se moquent
    pas mal du marché (eh oui). Ce qui les intéresse, c'est le
    droit. Le libéralisme est une théorie du droit. C'est même LA théorie
    du droit, puisque c'est la seule cohérente. Le marché (qui
    est tout simplement le constat que les humains échangent
    entre eux), lui, se met en place tout seul. La seule
    question importante est de savoir s'il fonctionne
    conformément au droit (échanges légitimes) ou non (échanges
    illégitimes). Car le marché existe TOUJOURS, que vous le
    vouliez ou non. En effet, si par hasard vous répondez à ce
    mail, nous aurons donc échangé (en l'occurence des idées),
    et en acceptant cet échange, vous entrez dans un processus
    de marché, ce que vous avez d'ailleurs déjà fait en publiant
    votre article sur internet... Votre rejet du marché est nié
    par le fait même de l'exprimer, c'est ça qui est très
    amusant...!

    En outre, tout droit est un droit de propriété d'un individu
    sur une ressource matérielle (son corps, sa montre, son
    usine, ses obligations convertibles, etc...) et consiste
    dans la jouissance exclusive de cette ressource. Le droit de
    propriété nait de la première mise en valeur d'une ressource
    matérielle ou de l'échange libre, c'est-à-dire non violent.

    C'est cela qu'il vous faut critiquer et non un quelconque
    marché "mythique".

    Exemple: Notre échange est apparemment légitime, puisqu'il
    ne met pas en jeu une agression contre la propriété. En
    effet, je suppose que vous n'utilisez pas un ordinateur volé
    ou que vous n'avez pas assassiné votre hébergeur pour
    publier vos textes. C'est donc un processus de marché légitime

    Exemple: un rapport sexuel consenti est conforme au droit
    puisqu'il n'y a pas agression violente contre la propriété
    (en l'occurence le corps des partenaires). Un viol n'est pas
    conforme au droit.


    Relisez votre texte en gardant à l'esprit que le marché
    existe toujours et que la question est de savoir s'il est ou
    non légitime (en gardant à l'esprit ce qu'est un droit de
    propriété légitime), et vous pourrez vous même savoir ce
    qu'en pense un libertarien.

    Je prends deux exemples:
    1- "c'est le marché [légitime], ces corporations
    transnationales qui sont des modèles d'économie planifiée ?"
    La vraie question est : ces corporations bénéficient-elles du
    soutien d'un état (c'est à dire de la force physique)
    directement ou indirectement, pour s'imposer ? Non? alors
    leur "marché" est légitime. Oui ? alors il ne l'est pas.

    2- "C'est le marché [légitime], ces échanges administrés,
    ces ententes concoctées (souvent en cachette) par des États
    et ces mêmes corporations"
    Réponse: Ce sont des échanges illégitimes puisque les états
    pour exister doivent nécessairement violer les règles du
    marché légitime.

    Etc,...



    Peut-être que le mot "marché" vous dérange, mais ce qui nous
    importe ce sont les réalités que représentent les mots, non
    les mots eux-mêmes. Appelez cela comme vous voulez, du
    moment que nous nous comprenons.

    Dernière remarque: vous prétendez faire une distinction
    entre "possession" et "propriété". S'il s'agit de jouer sur
    les mots, je n'en ai que faire. Mais s'il s'agit de
    distinguer deux concepts, alors il serait intéressant de le
    faire de manière un peu plus claire (expliquez la différence
    de nature entre la montre et l'usine et l'origine d'un
    éventuelle
    différence de statut). Mais je crains fort que vous ne
    puissiez jamais y parvenir...

    Ce qui serait encore plus intéressant, ce serait de démontrer:

    1- Que la théorie libertarienne du droit telle qu'exposée
    dans ce mail n'est pas cohérente.

    ou

    2- De démontrer la possibilité d'une autre norme de droit
    non contradictoire.

    Tant que l'une au moins de ces démonstrations n'aura pas été
    faite, je me verrais dans l'obligation de vous poser les
    questions suivantes : de quel DROIT osez-vous publier sur
    internet ? de quel DROIT osez-vous critiquer la théorie
    libertarienne ? De quel droit osez-vous vous alimenter, vous
    déplacer dans la rue, et respirer l'oxygène de l'air ?

    Dans l'attente de vous lire, très cordialement.


    Mickaël Mithra


  • 18 février 2003
  • Question posée par MyMithra au webmestre du site atheisme.ca.
    Sujet: critique de la conception de la laïcité présentée sur ce site.
    Commentaire: Aucune réponse à ce jour.

    Cher Monsieur,

    J'ai lu avec intérêt votre article sur la laïcité.
    Je me permets de vous adresser ci-après une critique de vos vues qui d'après moi, recèlent quelques zones d'ombre.
    Bien sûr, la plupart des gens croient encore en des " dieux ", souvent d'ailleurs en corrélation à d'autres superstitions, comme l'astrologie, la psychanalyse ou l'homéopathie,… chacun méprisant les unes et défendant les autres, sans raison apparente.
    Ce n'est pas votre cas, et c'est pourquoi je pense que le débat que j'engage avec vous est possible, car vous avez apparemment un esprit critique assez développé, ce qui vous rendra, je crois, sensible à des arguments rationnels.

    Je m'attache tout d'abord à votre rubrique " L'éthique laïque ".

    Vous y évoquez un certain nombre de valeurs, avec lesquels je pourrais être éventuellement d'accord si elles n'étaient pas formulées de manière aussi vague (" nécessités de la vie en société ", " promotion de la dignité individuelle ",…). Vous finissez néanmoins par une bien étrange affirmation : " Quel démocrate peut, de bonne foi, récuser de telles valeurs ? "

    Vous sous-entendez ainsi, apparemment, que la " démocratie " est censée garantir ou offrir un terrain favorable à la laïcité ? Voilà quelque chose d'assez étonnant. Car enfin, si la " démocratie " consiste à établir le gouvernement de la " volonté générale " (ce qui n'a pas de sens, mais passons pour l'instant), comment pouvez-vous garantir que la " volonté générale " ne rejette pas précisément cette fameuse laïcité ? A moins que vous n'affirmiez que la légitimité de la " démocratie " s'arrête là où commencent les atteintes à la laïcité… Mais, alors, pour paraphraser Jean Bricmont s'exprimant à propos de la Bible, je vous pose la question suivante : s'il faut évaluer la démocratie à l'aide de critères qui lui sont extérieurs , comme la laïcité, à quoi peut-elle bien servir, ou plutôt, sur quoi repose sa légitimité ? Pourquoi pas d'autres critères, comme la non agression à l'égard des personnes et de leur propriété (ce qui interdirait tout impôt, et donc l'existence même de l'Etat).

    Pour ma part, j'ai résolu le problème depuis longtemps : je suis pour la laïcité, donc CONTRE la démocratie. Et vous ?

    Dans votre rubrique suivante, " L'indépendance de l'État ", les choses se gâtent à mon avis !

    Si je comprends bien, vous prônez l'indépendance de l'Etat, à l'égard des idéologies religieuses uniquement. Vous ne pouvez nier qu'il s'agit là d'une option totalement partiale. L'Etat ne devrait-il pas être neutre à l'égard de toutes les idéologies ? Qu'ont donc les idéologies religieuses pour attirer spécialement vos foudres ? Ne me dites pas qu'elles sont plus dangereuses que les autres: comptez pour vous en convaincre les victimes du marxisme (ou du nazisme, ce qui est en fait la même chose). Bref, si vous identifiez laïcité à neutralité, c'est de l'Etat tout entier qu'il faut vous débarrasser, comme je l'explique brièvement ici : http://members.fortunecity.fr/mymithra/Etat_laic.html Entre autres étrangetés, vous affirmez ceci : " L'État veille à ce que les lois et les services publics soient les mêmes pour tous, hors de toute influence confessionnelle. "
    Croyez-vous vraiment à ce que vous écrivez ? Observez donc les services publics dont bénéficient les hommes de l'Etat, et dites-moi s'ils sont les " mêmes pour tous " .Peut-être considérez-vous que tout le monde bénéficie d'une garde rapprochée, d'une voiture de fonction, d'un logement de fonction dans un palais, de somptueux dîners, de voyages en avion privé, etc… auquel cas, je vous indiquerai un très bon psychiatre.

    Plus sérieusement, sans doute allez-vous me répondre par l'argument " démocratique " : c'est la " volonté du peuple ", n'est-ce-pas…Au fait, avez-vous réfléchi à la signification de cette fameuse " volonté du peuple ", concept encore plus absurde et indéfinissable que Dieu ?
    Lisez ceci : http://members.fortunecity.fr/mymithra/imposture_democratique.html , et expliquez-moi ensuite quels sont vos arguments en faveur de la " démocratie ", s'il vous en reste.

    Je dois vous dire enfin que j'ai déjà envoyé ce texte (ou à peu près) à plusieurs défenseurs de la " laïcité ", comme Benoît Mély, que vous connaissez peut-être. N'ayant jamais obtenu de réponse, j'en ai déduit bien des choses déplaisantes sur les soi-disant défenseurs de la " laïcité ".
    (ici, par exemple, le compte rendu d'une conférence donnée par l' " Union rationaliste " : http://members.fortunecity.fr/mymithra/Conference_science_democratie.html ).

    Peut-être me ferez-vous changer d'avis ?

    Je ferai naturellement paraître votre réponse sur mon site Internet (sauf mention de votre part) si vous me faites l'honneur de m'en donner une. Et si je suis dans l'erreur, je compte sur vous pour me détromper : j'abandonnerai ainsi mes ultimes préjugés, quoique je pense n'en avoir plus aucun…

    Pour la petite histoire, j'ai naturellement été moi-même démocrate jusqu'à ce qu'on me mette le nez dans les contradictions internes de la démocratie. Mon amour de la vérité et de la raison (la vraie ! Pas celle qui est au service de la politique…) m'ont alors conduit à la rejeter, et depuis lors, je ne comprends même plus comment j'ai pu être pendant si longtemps, un fidèle " croyant " !

    Bien cordialement,

    Mickaël Mithra


  • 10 janvier 2003
  • Lettre ironique de MyMithra à Monsieur Grano de Arena, membre d'Attac, auteur d'un article sur l'injustice du hasard, postée à l'adresse suivante: informativo@attac.org.
    Sujet: sur le hasard considéré comme une injustice.
    Commentaire: Aucune réponse à ce jour.

    Cher Monsieur,

    j'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre article intitulé "Riches et pauvres".

    J'en retiens notamment les phrases suivantes, qui constituent, à mon avis une clarification essentielle des positions d'Attac.

    "Cette justification méritocratique de l’inégalité est tout aussi fausse d’un point de vue démagogique comme il est vrai que personne ne mérite moralement son hasard génétique, ni son hasard social, inégalement distribués. Personne ne mérite moralement la famille dans laquelle il est tombé par hasard, riche ou pauvre, décente ou dépravée, ni les occasions - favorables ou pas - que la famille peut lui offrir. On peut dire la même chose des talents - nombreux ou rares - avec lesquels nous arrivons au monde : personne ne les mérite moralement. S’il est vrai que la justice aspire à contrecarrer les caprices du hasard - social et génétique - il n’est pas juste de permettre aux individus de profiter sans frein et sans entrave de leurs différentiels immérités d’opportunités que ce hasard leur sert sur un plateau. La distribution des dons génétiques - comme l’a souligné John Rawls - constitue un bien commun de la société, ne serait-ce que parce que c’est la société qui les récompense et les valorise ou parce que c’est dans son sein seulement qu’on peut les exercer."

    Il est rare de pousser la logique de la justice aussi loin que vous le faites et c'est ce qui fait l'intérêt fondamental de votre article et le mérite de vos vues: vous avez bien raison, il n'y a pas que les biens matériels qui soient inégalement répartis, mais également le patrimoine génétique. Vous avez d'autant plus raison de le souligner que ces biens matériels, si chers aux infâmes capitalistes, ne peuvent l'être autant pour des humanistes assoiffés de justice que le patrimoine génétique qui constitue bien davantage l'essence et le principe de l'humanité.
    Ainsi, comme l'inégalité existe aussi bien dans la répartition des biens matériels que dans celle du patrimoine génétique, quelle injustice faudrait-il combattre en priorité ? Bien évidemment l'injuste répartition du patrimoine génétique !
    Mais les effets du patrimoine génétique sont de diverses sortes: d'ordre "spirituel" (le mot est mal choisi, il est vrai), c'est-à-dire intellectuel, moral, sensitif... mais aussi et surtout d'ordre physique: ainsi la beauté, la taille, la souplesse du corps, la qualité des organes, mais aussi leurs éventuelles déficiences congénitales, etc... sont pour une large part conditionnés par le patrimoine génétique. Ainsi la répartition de ces attributs parmi les hommes et les femmes est tout à fait aléatoire donc inégalitaire et partant, injuste.
    Le travail des hommes assoiffés de morale et de justice, comme vous, moi et je crois pouvoir le dire, les membres d'Attac dans leur ensemble, est donc de tout entreprendre pour remédier à cette injustice flagrante.
    Prenons le cas particulier des hommes naturellement laids: leur situation est évidemment totalement injuste, mais ce dont ils souffrent pour la plupart, ce n'est pas de leur laideur en tant que telle, mais uniquement du regard et de l'attitude de la belle femme désirée: regard de dégoût, attitude discriminatoire. (l'exemple est également valable dans le cas symétrique)
    Que faire pour compenser cette injustice ? Il faudrait bien sûr être un bien cynique capitaliste pour croire qu'une compensation financière soit appropriée. Qu'à l'argent à voir avec le désir et l'amour ? Rien, tout simplement. La nature de la compensation doit ainsi être du même ordre que le préjudice.
    S'il est indéniable que notre homme laid est injustement frappé dans son droit à l'amour (droit ô combien vital!), il faut le lui restituer en lui offrant la possibilité de faire l'amour avec celle qu'il désire.
    Et que dire du point de vue de la femme en question ? N'oublions pas qu'elle, au contraire, bénéficie scandaleusement de la répartition injuste des atouts génétiques, belle comme elle est. Il est probable que si on la laissait faire, elle ne fréquenterait que des hommes au physique avantageux, au préjudice de tous les hommes laids du monde.

    La justice exige donc une union forcée de notre homme laid et de notre belle femme, afin de compenser un peu les effets du hasard.

    Voilà ce qui serait, dans le domaine des sentiments, au moins aussi vital que celui des biens matériels dont les capitalistes nous rebattent les oreilles, une vraie politique sociale.
    J'ose même le dire, et je crois que vous en tomberez d'accord: il n'y aura pas de politique sociale complète tant que la question des sentiments et de la vie amoureuse ne sera pas traitée publiquement; tant que les couples se feront et se déferont au mépris total du droit des célibataires sentimentalement démunis, dans une ambiance de sauvage libéralisme sentimental.
    Libéralisme sentimental, le mot est lancé, mais comment qualifier autrement cette idéologie qui fait qu'aujourd'hui, en France, dans notre pays, des millions et des millions de gens vivent dans la pauvreté sentimentale la plus totale ? Quand des millions d'hommes et de femmes, aussi méritants que les autres, sont privés du droit à l'amour le plus élémentaire par une élite arrogante de beaux jeunes gens qui gardent leurs précieux sentiments pour eux et leurs semblables ?

    On voit les méfaits du libre échange, ici comme ailleurs: une inégalité insupportable.

    J'entends d'ici nos habituels défenseurs de ce qu'ils appellent la "liberté" ! Je leur rétorquerai votre phrase magnifique : "l’inégalité elle-même implique l’absence de liberté".

    Avec tous les membres d'Attac, et tous les hommes et les femmes de bonne volonté, obligeons l'Etat à faire son travail: réglementer la vie amoureuse, pour instaurer enfin le règne de l'égalité c'est-à-dire, en fait, celui de la vraie liberté.

    Bien cordialement,

    Mickaël

    P.S: je vous serais reconnaissant de bien vouloir insérer cette modeste contribution à la suite de votre article.