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Petit dialogue sur les fondements de la solidarité obligatoireMickaël Mithra Partie I Prémices: la responsabilitéLiber: Imaginons que je n’existe pas. Pour moi c’est un peu difficile, mais toi tu peux le faire. Penses-tu que certains événements se produiraient tout de même, dans le déroulement exact où ils se produisent réellement ? Dictatos: Je le crois, en effet, et ceci est valable par exemple pour tous les événements importants et généraux, ceux notamment qu’on retient sous le nom de l’Histoire. Liber: Penses-tu alors qu’on pourrait m’imputer la responsabilité de ces événements, par exemple en imaginant un Liber fictif ? Dicatatos: Non, ce serait parfaitement irrationnel et même ridicule. Liber: Prenons le cas d’un tel événement, qui se serait produit à l’identique même si je n’avais pas existé. Puis-je en être tenu pour responsable ? Dictatos: Non, manifestement pas. Le fait qu’il se serait produit tout de même en ton absence le prouve justement. Liber: Imaginons maintenant qu’il se produise de mon vivant un événement quelconque (que j’appellerai “E”) quelque part sur la planète. Pourrais-je être tenu pour responsable de “E” ? Dictatos : Eventuellement, mais comme nous venons de la voir, ta seule présence sur la terre ne suffit pas à mettre en cause ta responsabilité. Liber: Que faudrait-il alors de plus ? Dictatos: Il faudrait au moins prouver que cet événement aurait été différent si tu n’avais pas existé. Liber: Cela me paraît raisonnable. Si je résume, je crois qu’on peut dire ceci: ma responsabilité personnelle dans “E” est au maximum égale à la différence entre “E” tel qu’il s’est produit et “e”, l’événement qui se serait produit à la place de “E” si je n’avais pas existé. Dans le cas où “E” = “e”, ma responsabilité est nulle. Dictatos: Cela me paraît incontestable.
Partie II : Discussion sur la solidarité obligatoire telle qu’elle existe en France: La solidarité obligatoire ne se justifie que par l’emploi de la violence.Liber: Pour les besoins de la discussion, mon cher Dictatos, nous allons appeler “contributeurs” les personnes qui contribuent positivement à la solidarité obligatoire, ceux qui lui donnent plus qu’ils n’en reçoivent. Cela te convient-il ? Dictatos: pourquoi pas. Liber : Bien. Voici la première question : quel argument rationnel justifie que je sois contraint, moi personnellement, de venir en aide à quelqu’un qui est dans la détresse, alors que je ne suis en aucune manière responsable de sa situation ? Ce qui revient à poser la question plus générale suivante: qu’est-ce qui justifie rationnellement l’existence de cotisations obligatoires, comme celles que collecte par exemple la Sécurité Sociale française ? Dictatos : Chacun doit observer les obligations de la communauté dans laquelle il vit au même titre qu’il bénéficie des services rendus par elle. Liber: Cet argument n’est pas valide parce qu’il sous-entend une réciprocité des services rendus, à savoir que chacun bénéficie grosso modo d’autant d’avantages qu’il doit verser de contributions. Si tel était le cas, c’est-à-dire si chacun recevait de la sécurité sociale exactement ce qu’il lui verse, celle-ci serait parfaitement inutile. Dans ce cas, il ne serait pas justifié d’obliger les gens à y contribuer. On voit mal alors au nom de quoi on pourrait souhaiter maintenir son existence. Qu’en penses-tu ? Dictatos: Effectivement. Liber : En réalité, évidemment, certains reçoivent beaucoup plus qu’ils ne donnent et d’autres donnent beaucoup plus qu’ils ne reçoivent. Dictatos : Oui. Liber : Moi par exemple je suis un homme assez jeune, en bonne santé, je ne fume ni ne bois, je ne possède pas de voiture, je donne donc beaucoup plus à la sécurité sociale que ce qu’elle me verse. Pourquoi cette obligation ? Dictatos: Parcequ’il se peut que les choses changent. Par exemple, tu peux un jour tomber gravement malade, avoir un cancer ou un accident, et tu seras alors heureux de bénéficier des prestations de la Sécurité Sociale. Liber: Mais ceci alors ne regarde que moi. Si je souhaite m’assurer plutôt auprès d’un autre organisme, privé, de mon choix, qui par exemple exigera une prime moins élevée, ou si je ne souhaite tout simplement pas m’assurer, et risquer d’assumer moi-même les frais d’un éventuel problème de santé, au nom de quoi m’en empêche-t-on ? Dictatos: Le problème est que d’autres intérêts que le tien sont en jeu. Si tous les gens comme toi, c’est-à-dire ceux qui cotisent plus qu’ils ne reçoivent, désaffectent la Sécurité Sociale, seuls ceux qui restent, à savoir ceux qui coûtent plus qu’ils ne rapportent, continueront à cotiser. Les rentrées devenant alors structurellement inférieures aux sorties, la SS finira par se retrouver dans l’impossibilité d’honorer ses prestations et elle fera faillite. Liber: Et en quoi serai-je responsable de cette situation ? Dictatos: Tu seras reponsable dans la mesure où par ta désaffection, tu contribueras à la faillite de la Sécurité Sociale. Liber: Mais si j’étais mort, ou que je n’avais jamais existé pas, cela contribuerait de la même façon à cette faillite, n’est-ce-pas ? Dicatos: Effectivement. Liber: Tu vois donc qu’en l’occurrence, il n’y a aucune différence entre “E” tel qu’il s’est produit (la faillite de la Sécurité Sociale) et “e”, l’événement qui se serait produit à la place de “E” si je n’avais pas existé (La faillite de la Sécurité Sociale). En l’occurence “E” = “e”, ma responsabilité est donc nulle. Dictatos: Sous cet angle, je n’ai rien à redire. Je m’étais effectivement trompé. Liber: Je crois savoir pourquoi. Tu as cru un moment que c’était
ma désaffection qui causait la faillite, alors que c’était
au contraire tout simplement ma contribution qui avait empêché
jusqu’alors cette faillite.
Dictatos: D’accord, mais j’ai encore un argument, cependant, et de taille. Il est vrai que tu soutenais jusqu’à présent la Sécurité Sociale par tes contributions. Mais à travers cette contribution, tu as modifié certains paramètres. Par exemple, on peut imaginer que dans une certaine mesure, la Sécurité Sociale comptait sur ta cotisation et qu’elle avait modifié, disons, ses prix ou sa stratégie en conséquence, ou qu’elle avait une masse salariale plus importante dûe à l’obligation de gérer les informations te concernant. Ainsi, ta désaffection brutale la prend de court et c’est également cela qui peut contribuer à sa faillite. Ta responsabilité réside donc dans le fait que tu as rompu ton engagement, alors que tu cotisais jusqu’alors. Liber: Tu oublies que je n’ai jamais changé d’avis au cours de mon existence quant à mon désir de ne pas cotiser à la Sécurité Sociale. Ce qui veut dire que mes cotisations n’ont jamais été libres, et que ce n’est pas librement que je me suis engagé par ces cotisations dans le système de la Sécurité Sociale. Comme cet engagement n’a pas été pris librement, il n’a en fait jamais existé. Je ne romps donc aucun engagement en cessant brutalement de cotiser. Ainsi, le maître ne peut moralement pas reprocher à ses
esclaves de s’enfuir en invoquant la ruine probable de ses projets,
comme par exemple l’exploitation d’un pressoir censé fonctionner
avec 10 esclaves. Et ceci pour la simple raison que ses esclaves n’ayant
jamais été libres de ne pas travailler pour lui, ils n’ont
donc jamais été moralement engagés vis-à-vis
de lui. Les plans consécutifs à cet esclavage n’ont aucune
légitimité.
Dictatos: Le problème dans tout ceci, c’est que si on supprime la solidarité obligatoire, des tas de gens vivront difficilement et certains d’entre eux mourront sans doute. Liber: Il y a deux manières de répondre à cet argument. Le première s’appuie sur l’aspect pratique, qui consiste à
essayer de savoir si la solidarité obligatoire est un bienfait pour
la société dans son ensemble, à long terme. Il existe,
sur ce sujet, une multitude d’arguments économiques qui montrent,
logiquement et intelligemment, que la solidarité obligatoire contribue
à freiner la création de richesse. La solidarité obligatoire
créé la pauvreté à long terme en donnant l’impression
d’une amélioration dans l’immédiat. Je crois donc qu’elle
repose essentiellement sur la démagogie des dirigeants qui cherchent
par ce biais à acheter la paix sociale ou à obtenir des voix.
Je ne développerai pas davantage cet argument parce que la tâche
que je me suis fixée est de dénoncer l’irrationnalité
des principes qui sont censés soutenir l’existence de la solidarité
obligatoire, et partant d’en mettre en lumière la réalité
cachée, à savoir, qu’elle est intrinsèquement inacceptable
pour des raisons logiques et morales. Montrer les effets désastreux
de la solidarité obligatoire dans la réalité concrète
de la société est le travail des théoriciens du libéralisme,
desquels je me sens proche évidemment quoique, je le répète,
l’objet de ce discours n’est pas d’appuyer leurs thèse.
La deuxième manière de répondre à ton argument consiste à l’examiner d’un point de vue strictement rationnel . Pour cela, je vais même te faire une énorme concession. Si j’arrive malgré cette concession à fournir à ton argument une réfutation satisfaisante, celle-ci n’en aura que plus de poids. Qu’en penses-tu ? Dictatos: En effet. Liber: Voici la concession que je te fais sans aucune discussion, quoi que je considère comme nous l’avons dit tout à l’heure qu’elle ne va pas du tout de soi: je vais admettre que l’absence de solidarité obligatoire serait très préjudiciable à certaines personnes et que ce préjudice n’est pas globalement compensé (au niveau de la société dans son ensemble). Nous sommes dans le cas “E” = “e”, c’est-à-dire que ces gens en difficulté auraient eu les mêmes problèmes quand bien même je n’aurais pas existé, et qu’à ce titre, je ne peux être considéré comme responsable de leur misère. Ainsi, je ne vois toujours pas à quel titre on pourrait m’obliger, moi spécifiquement, à les aider. Dictatos: Certes, il n’y a pas de raison de t’obliger, toi spécifiquement, à les aider. Je dois bien l’admettre. Liber: s’il n’y a aucune raison rationnelle de me forcer à cotiser,
la seule justification à la solidarité obligatoire est donc
la violence ou la menace de l’employer.
Partie III L’impossible clef de répartition. Pourquoi le socialisme est inséparable du nationalisme.Liber: Il me semble que dans ces conditions l’existence de la solidarité obligatoire n’est toujours pas justifiée. Je vois cependant que tu restes sur ta fin. Bien que tu n’aies pas trouvé d’argument pour me contrer, je vais (deuxième concession !) admettre sans justification le précepte totalement irrationnel selon lequel il est légitime d’obliger certains à venir en aide à des malheureux même s’ils ne sont pas responsables de leur malheur. Dictatos: Cela me permettra de repartir sur un nouveau pied ! Liber: Voilà. Le fait qu’ils soient malheureux ou qu’ils meurent si on ne les aide pas n’implique pas que je doive les aider moi spécifiquement plus que d’autres, n’est-ce pas ? Dictatos: Effectivement. D’autres doivent les aider autant que toi. Liber: Quels autres ? Tu veux dire tout le monde ? Tous les habitants de la Planète ? Ou alors certains sont-ils exonérés de cette obligation ? Dictatos: Personne ne doit être exonéré de venir en aide à ceux qui sont dans la détresse. Liber: Très bien. D’après toi, si j’ai bien compris, il est légitime de me forcer à aider ceux qui sont dans la détresse et qui vivent par exemple en France. Pourquoi n’oblige-t-on pas des chinois ou des papous à en faire autant ? Dictatos: Parce qu’ils ne sont pas Français. Liber: Donc c’est le fait d’être Français qui m’oblige à venir en aide aux Français qui sont dans la détresse ? Pour quelle raison ? Dictatos: Parce que ce sont tes compatriotes. C’est-à-dire que tu as des points communs particuliers avec eux que tu n’as pas avec d’autres habitants de la Planète. Liber: Mais dans ce cas, pourquoi privilégier la nationalité comme point commun particulier, et non la couleur des yeux, les goûts musicaux, le signe astrologique ou la denière date de vidange du moteur de sa voiture ? Dictatos: Parce qu’il faut bien choisir un critère. Liber: Peut-être, mais alors où est la légitimité
d’un critère imposé de manière autoritaire sans aucune
justification ?
Dictatos: Effectivement. Liber: En résumé, on s’aperçoit que la solidarité
obligatoire non seulement n’a aucune justification rationnelle, mais qu’elle
s’appuie sur plusieurs, et non un seul, axiomes injustifiables, comme le
nationalisme. Il est alors d’autant plus difficile d’en admettre la légitimité.
Dictatos: D’accord. J’admets dans ces conditions qu’il faudrait obliger tous les êtres humains en mesure de le faire à participer à la solidarité envers tout le monde. Liber: Ce n’est pas ce que tu disais tout-à-l’heure. Mais admettons. Dans ce cas, pourquoi ne le fait-on pas ? Dictatos: Parce que ce n’est pas possible concrètement. Liber: Il suffit de les contraindre en envoyant par exemple l’armée française dans tous les pays du monde. Pourquoi ne le fait-on pas ? Dictatos: Parce que c’est techniquement impossible, et qu’on s’opposerait à une résistance trop massive. Liber: Ainsi, ceux qui cotisent de force sont ceux qui restent, à savoir ceux qui n’ont pas la possibilité de résister massivement ? Dictatos: Il semble. Liber: La légitimité de la solidarité obligatoire repose donc en définitive sur la capacité ou non à contraindre les individus à y participer ? La seule justification de l’organisation de la solidarité obligatoire telle qu’elle est pratiquée en France est donc dans les limites matérielles de l’usage de la violence. Dictatos: C’est un peu dur à admettre, mais c’est ainsi. Liber: Nous en revenons donc toujours au même point, même
si nous admettons certains postulats pourtant complètement infondés
pour pouvoir poursuivre la discussion. La solidarité obligatoire
ne se justifie en définitive que par la violence, ce qui est une
façon de dire qu’elle ne se justifie pas.
Partie IV Danger des croyances irrationnellesTyranos: Permets-moi, cher Liber, d’intervenir à ce stade de la discussion. Liber: Je t’en prie, Cher Tyranos. Tyranos: Je n’ai rien à redire à tes arguments, c’est-à-dire que je ne parviens pas à en trouver la faille. Je persiste néanmoins à croire que ta conclusion est erronée parce que tu es faillible, et que le fait que nous ne trouvions pas d’argument pour te réfuter ne prouve pas que tu aies raison. Liber: Tu oublies que pendant toute la discussion, c’est moi qui aie
en fait réfuté les arguments fallacieux censés justifier
l’existence de la solidarité obligatoire. Ce n’est pas à
moi de prouver que cette solidarité obligatoire est irrationnelle
et donc indéfendable (même si j’estime pourtant l’avoir fait)
mais à toi (c’est-à-dire aux défenseurs de cette solidarité
obligatoire) au contraire de prouver en quoi ce système que tu défends
est rationnellement légitime. La charge de la preuve appartient
à celui qui affirme.
A moi alors de te poser la question suivante: Si tu as de nouveaux arguments à me soumettre qui pourraient constituer un commencement de preuve de la justification rationnelle de la solidarité obligatoire, je te prie de les exposer. Mais si tu n’en as pas, pourquoi persistes-tu dans la croyance que la solidarité obligatoire est légitime ? Tyranos: J’y crois parce que je sens intuitivement que c’est vrai. Liber: Et si je te réponds que moi, je sens intuitivement que c’est faux, et qu’en plus je suis conforté dans mes certitudes par un raisonnement logique ? Te rends-tu compte du caractère proprement religieux de cet argument ? Tyranos: Et après tout, pourquoi pas ? J’ai bien le droit de croire ce qui me plaît. Liber: Tu as en effet le droit de croire absolument ce que tu veux.
Le problème est qu’en l’occurrence cette croyance a des effets concrets
sur mon existence personnelle, à savoir que je suis personnellemt
obligé de cotiser pour la Solidarité Obligatoire. Ce qui
dans les faits revient à m’imposer ta religion. C’est ce résultat
qui est inacceptable.
Tyranos: Cela n’a rien à voir. Tu n’as aucune raison d’adhérer à une telle religion. Liber: Et toi, tu n’as aucune raison de croire que la solidarité obligatoire est légitime.
Partie IV: Conclusions atroces auxquelles mènent logiquement les pseudo-justifications du système de solidarité obligatoire tel qu’il existe en France.Tyranos: Tu es vraiment pénible avec tes raisonnements. Ce que tu refuses de comprendre c’est que quand des gens souffrent, il est impératif de venir à leur secours. Ce n’est pas une question de responsabilité. C’est du bon sens moral tout simplement. Liber: Il y a beaucoup d’informations dans ce que tu viens de dire. Est-ce que tu permets que nous les analysions tranquillement ? Tyranos: Naturellement. Allons-y. Mais nous allons changer de tactique. C’est à moi de t’interroger, tu verras comme il est difficile de ne plus être dans le rôle du Socrates de service ! Liber: Comme tu voudras. Je t’écoute. Tyranos: Bien. Est-ce que tu admets qu’il y a des gens qui souffrent ? Liber: oui Tyranos: Est-ce que tu admets que parmi ces gens, il y en a qui ne peuvent pas améliorer seuls leur condition ? Liber: Tu veux dire qu’ils ont besoin d’une contribution adaptée d’autres individus pour l’améliorer ? Tyranos: Parfaitement. Liber: Je l’admets. Tyranos: admets-tu qu’il existe quelque chose comme le minimum vitale, ou la dignité humaine ? Liber: Ce sont deux choses différentes, par le degré notamment. La dignité humaine est souvent considérée comme plus consommatrice de ressources que le minimum vital. Par exemple on considère souvent que la dignité humaine exige un logement décent, ce qui est manifestement au-delà du minimum vital. Or, à ma connaissance, en France la solidarité obligatoire va bien au-delà du minimum vital, puisqu’elle concerne également le logement, la santé dans des aspects ne concernant pas seulement la préservation stricte de la vie (comme par exemple, le remboursement de médicaments contre les douleurs occasionnées par les rhumatismes), l’aide à l’éducation et aux loisirs des enfants, et même l’instruction éventuellement jusqu’au doctorat ! On ne peut plus parler de minimum vital. On est même largement au delà de la strcite dignité humaine. Tyranos: Je vais repréciser ma question en parlant d’un minimum vital global, lequel englobe le minimum vital au sens physique du terme –minimum pour survivre- , ainsi qu’un minimum vital psychologique qui comprendrait notamment la dignitié humaine. Cette définition te convient-elle ? Liber: Parfaitement. Tyranos: Dans ce cas, admets-tu qu’un tel minimum vital (global) existe pour les êtres humains quels qu’ils soient ? Liber: Parmi ces êtres humains, il y a des différences, et de taille. Certains sont plus exigeants que d’autres, certains sont grands, d’autres sont fous. N’est-ce-pas là une difficulté importante ? Tyranos: Effectivement. Il n’en reste pas moins que l’on peut définir grosso modo un minimum correpondant aux besoins moyens de la quasi totalité du genre humain. Es-tu d’accord avec celà ? C’est une question de principe, une question qualitative et non quantitative. Liber: Je suis d’accord. Tyranos: Peux-tu admettre maintenant que des choses comme la nourriture, le logement, la possibilité de se soigner en ayant accès à toutes les capacités de la médecine et pas seulement celles qui concernent le minimum vital physique, la possibilité d’éduquer décemment ses enfants, et de leur donner une bonne formation scolaire et universitaire font partie du minimum vital soit physique soit psychologique ? Liber: Je l’admets pour les besoins de la discussion. Tyranos: Bien ! Comprends-tu que ce minimum vital n’a de sens que s’il s’accompagne d’un droit au minimum vital ? Liber: Je crois que ce que tu dis là n’a pas beaucoup de signification, mais je vais l’admettre. Tyranos: Quelle générosité ! Mais si des gens ont droit à quelque chose, cela veut bien dire que d’autres ont le devoir de fournir certaines contributions, afin que le mot “droit” soit autre chose qu’un simple mot, n’est-ce-pas ? Liber: C’est là que je ne suis pas du tout d’accord, car il est
impossible de déterminer rationnellement quels individus susceptibles
d’être concernés par cette obligation devraient effectivement
fournir les contributions, et dans quelles proportions. Seul un principe
de responsabilité individuelle pourrait trancher en servant de clef
de répartition aux contributions, (toute autre clef étant
moralement arbitraire), et nous avons établi antérieurement
que c’était strictement impossible, et même absurde puisque
les responsabilités sont en l’occurrence nulles.
Tyranos: Tu es décidément trop bon. Liber: Mais attention. Le fait de fournir une contribution est coûteux, parfois très péniblement ressenti et implique une dégradation de la qualité de vie des contributeurs. Tyranos: cela paraît évident. Mais d’après notre raisonnement, n’est-ce-pas légitime ? Liber: J’insiste: Certaines personnes peuvent beaucoup souffrir de ces contributions. Par exemple il est courant que certaines d’entre elles passent plus de temps à travailler pour régler leur contribution que pour leur propre consommation, et ce pendant des décennies… Tyranos: Là n’est pas la question. On ne peut tenir compte de la façon dont chacun ressent le sacrifice qui lui est demandé. Ce serait beaucoup trop compliqué et c’est la porte ouverte à toutes les exceptions imaginables. Liber: Je trouve au contraire que c’est très important et que ta façon de procéder est parfaitement inhumaine. Mais admettons. Tyranos: Je vois que nous sommes d’accord.
Liber: Très bien. Je souhaiterais t’interroger à mon tour sur ce même sujet. Le puis-je ? Tyranos. Fort bien. Il me semble que la discussion est close, mais vas-y… Liber: Tu vas comprendre. Peux-tu me dire si, à ton avis, on peut définir grosso modo un minimum vital pour la vie physique et psychologique correspondant aux besoins moyens de la quasi-totalité du genre humain ? Tyranos: Evidemment que je suis d’accord. C’est mot pour mot la question que je te posais moi-même tout-à-l’heure. Liber: Bien. Peux-tu admettre maintenant que des choses comme la nourriture, le logement, la possibilité de se soigner en ayant accès à toutes les capacités de la médecine et pas seulement celles qui concernent le minimum vital, la possibilité d’éduquer décemment ses enfants, et de leur donner une bonne formation scolaire et universitaire font partie du minimum vital soit physique soit psychologique ? Tyranos: Oui évidemment. Cette question est encore de moi. Serais-tu devenu perroquet ? Liber: Dis-moi, qu’est-ce qui est plus grave: être totalement privé d’amour ou ne pas faire d’études supérieures ? Etre totalement privé d’amour ou totalement privé de certains médicaments de confort ? Tyranos: Je crois que la privation totale d’amour est souvent plus grave.
Tyranos: ça me paraît évident… Liber: Revenons au fameux minimum vital, dont nous avons admis l’existence, et qui comprend également, comme nous venons de le voir, les rapports sexuels avec une personne dont on est amoureux. Tyranos: Eh bien ? Liber: Comprends-tu que ce minimum vital n’a de sens que s’il s’accompagne d’un droit au minimum vital ? Tyranos: Oui. Ce sont mes propres mots. Mais passons. Liber: Mais si des gens ont droit à quelque chose, cela veut bien dire que d’autres ont le devoir de fournir certaines contributions, n’est-ce-pas ? Tyranos : heu…oui Liber: Tu as l’air hésitant. Ce sont pourtant tes propres mots… Tyranos:… Liber: Dans le cas du logement ou de la santé, les contributions se font en argent, mais dans le cas des rapports sexuels, il n’est pas possible de contribuer autrement qu’en nature, n’est-ce-pas ? Tyranos: effectivement… Liber: Donc il est légitime de forcer une personne à avoir des rapports sexuels avec ceux ou celles qui sont amoureux d’elles. Tyranos: Mais c’est odieux ce que tu dis là ! Liber: C’est pourtant la conclusion logique de ton propre raisonnement. Tyranos: C’est beaucoup trop pénible pour les “contributeurs”. Liber: Je te propose de me répondre ceci : “Le fait de fournir une contribution est coûteux et parfois très péniblement ressenti et implique une dégradation de la qualité de vie des contributeurs Certaines personnes peuvent beaucoup souffrir de ces contributions. “ Tyranos: Parfaitement !!! Liber: Ce sont là mes propres objections de tout à l’heure, auxquelles tu as répondu par l’argument suivant, que je te ressers donc: “ Là n’est pas la question. On ne peut tenir compte de la façon dont chacun ressent le sacrifice qui lui est demandé. Ce serait beaucoup trop compliqué et c’est la porte ouverte à toutes les exceptions imaginables.” Tyranos: Mais non! Ça ne marche pas car la conclusion est trop atroce !!! Liber: Et pourtant ce raisonnement dont tu es l’auteur s’appliquait
fort bien tout-à-l’heure, selon toi. Or le seul moyen que tu emploies
pour l’invalider est ton désaccord moral personnel et préconçu
avec la conclusion.
Tyranos: Ah! J’ai une objection. C’est que pour satisfaire ses besoins sexuels, il suffit d’aller voir des prostitué(e)s ! Liber: Sur ton argument, je ferai d’abord la remarque suivante: il faudrait donc selon toi que les organismes de solidarité obligatoire prennent en charge les frais occasionnés par la prostitution. Mais ce n’est pas le plus important. Car ton argument n’est tout simplement pas valide. Ce que nous avons inclus dans le minimum vital, rappelle-toi, ce n’est pas les relations sexuelles en tant que telles, mais l’amour. Amour, évidemment avec la ou les personnes dont on est amoureux. Les relations sexuelles ne sont alors pertinentes comme composantes du minimum vital que si elles ont lieu dans le cadre d’une inclination et donc du choix précis de la personne avec qui elles doivent avoir lieu. La prostitution ne correspond pas à ce critère. Tyranos: Le problème est que cela des poses des difficultés particulières. Il ne serait pas possible concrètement d’organiser cette composante-là de la solidarité obligatoire parcequ’elle est en nature et non financière. Liber: Cela ne présente au contraire aucune difficulté particulière. Il suffit par exemple d’imposer aux personnes désignées par les bénéficiaires de se présenter une heure par semaine, ou par mois, ou par jour, que sais-je ? en un lieu défini par la loi. C’est beaucoup moins difficile que d’envoyer des agents du fisc estimer la fortune de tel ou tel pour en déduire le montant de son ISF ! Tyranos: Mais qui seraient les bénéficiaires ? Liber: Tout simplement ceux qui se déclarent amoureux et qui constatent une absence de réciprocité.. Tyranos: Mais tu te rends compte! Ceux et celles qui auront un physique avantageux seront sans arrêt sollicités. Les laids au contraire auront la vie tranquille. C’est injuste ! Liber: en quoi est-ce injuste, selon toi ? Tyranos: Mais parce que la contribution de chacun devrait être la même ! Liber: Ah bon ? Tu n’as pas très bien compris ce qu’était la solidarité obligatoire, toi !!! Ainsi, par exemple, la contribution des riches devrait être la même que celle des pauvres pour ce qui est de l’alimentation, du logement, de l’éducation et de la santé , puisque “la contribution de chacun devrait être la même” ? Tyranos: Mais non, parce que ce n’est pas le même domaine. Liber: Nous tournerons toujours en rond, mon cher Tyranos, si tu renies
au fur et à mesure tes arguments en fonction de tes intérêts
dans la discussion, dans le seul but de justifier la conclusion dogmatique
à laquelle tu te ranges par avance. Tout-à-l’heure, tu as
admis que l’amour était une composante du minimum vital. Tout l’argumentaire
fondé sur la notion de droit au minimum vital s’applique donc en
particulier à l’amour.
Tyranos: Justement parce que ce sont des domaines différents. Liber: Mais l’éducation, la santé, le logement ou encore l’alimentation aussi sont des domaines différents. Qu’est-ce qui justifie dans ce cas de les inclure tous dans la solidarité obligatoire ? Comment faire la distinction entre ceux qui doivent y figurer et ceux qui ne le doivent pas, si ce n’est en considérant qu’ils sont ou non nécessaires au minimum vital (au sens physique et psychologique) ? Tyranos: Je sais ! Parce que pour que l’on puisse parler véritablement d’amour, il faut qui’il y ait réciprocité. Or il n’est pas possible d’obtenir de force la réciprocité des sentiments. Liber: Si je comprends bien, le problème spécifique de l’amour, d’après toi, est simplement l’impossibilité pour la solidarité obligatoire de le prendre en charge, car on se heurte là à l’obstacle de la réciprocité ? Tyranos: Parfaitement ! Liber: Il serait donc parfaitement légitime de tout mettre en œuvre pour obtenir cette réciprocité si c’était possible ? Tyranos: Si c’était possible, oui. Mais ça ne l’est pas. Liber: Il faudrait donc par exemple injecter des substances qui modifient le comportement des contributeurs pour leur faire éprouver des sentiments, rendant ainsi la réciprocité possible. Ou tout au moins il faudrait favoriser la recherche dans ce sens. Ce serait d’après toi, parfaitement légitime ? Tyranos: Non parce que c’est une atteinte intolérable à la liberté individuelle. Liber: Les autres domaines de la soldarité obligatoire ne sont-ils pas également des atteintes intolérables à la liberté individuelle ? Tyranos: De toutes façons ce n’est pas possible, alors… Liber: Je ne suis pas certain que tu aies définitivement raison sur ce point. Mais admettons même que tu aies raison. Je ne pense pas que la réciprocité soit de toutes façons une objection pertinente. Tyranos: Ah si ! Liber: Non, et voici pourquoi: tu es bien d’accord pour dire que l’Amour est une composante de la solidarité obligatoire dans la mesure ou il fait partie d’un minimum vital, en l’occurrence psychologique ? Tyranos: Parfaitement. Liber: Mais le désir unilatéral, même s’il n’est réciproque, constitue une part importante de l’amour, que beaucoup de gens préfèrent à rien du tout. Tyranos: Non. Liber: Non ? Prends l’exemple de tel ou telle acteur ou actrice adulé(e) par les jeunes adultes. Vas-tu nier qu’il y ait des millions de gens qui recouvrent les murs et les plafonds de leur chambre de photos et de poster les représentant, et qui seraient prêts à tout pour passer une nuit en compagnie de leur idôle, même sans réciprocité de sentiment ? Tyranos: Non je ne le nie pas. Liber: C’est bien la preuve flagrante que pour beaucoup de gens, l’amour sans réciprocité est infiniment préférable à rien du tout. On n’est d’ailleurs pas obligé de chercher des exemples aussi particuliers pour le prouver. On rencontre tous les jours des hommes ou des femmes jaloux du compagnon ou de la compagne de celui ou celle qu’ils aiment, et qui seraient prêts à tout pour être à leur place, quitte à ne pas être aimé en retour. Tyranos: Effectivement. Liber: A ce titre on peut considérer l’amour sans réciprocité comme une juste composante du minimum vital psychologique. Tyranos: En effet. Partie V Le traumatisme: réflexion sur l’atteinte aux libertés individuelles.Tyranos: D’accord, mais il y a quand même une différence entre l’amour obligatoire et les autres conributions obligatoire: c’est la question du traumatisme. Le viol induit un traumatisme intolérable que n’induisent pas les autres domaines de la solidarité obligatoire. Liber: C’est bien la première fois que tu te soucies du sort des contributeurs ! Mais dis-moi, comment sais-tu cela ? Tyranos: C’est évident. Liber: je te pris de trouver un argument valide. Merci… Tyranos: Je ne sais pas, moi…tous les médecins et notamment les psychiatres te le diront. Liber: Comment le savent-ils ? Tyranos: Mais parcequ’ils le voient bien, bon sang ! Ils fréquentent des gens qui ont été violés. Ces gens leur parlent, leur racontent leurs souffrances. Liber: C’est donc sur le seul témoignage des victimes que l’on connaît le traumatisme, en admettant qu’on puisse faire confiance aux médecins qui s’en font les porte parole ? Tyranos: Mais oui, évidemment. Liber: Si l’amour était considéré comme une composante de la solidarité obligatoire, comme il devrait l’être logiquement, il devrait cependant en être éliminé sur le seul témoignage des contributeurs qui se plaindraient du caractère insupportable de cette contribution. C’est bien cela ? Tyranos: Oui. Liber: c’est complètement contraire à l’argument que tu voulais me faire accepter tout-à-l’heure, à savoir “On ne peut tenir compte de la façon dont chacun ressent le sacrifice qui lui est demandé. Ce serait beaucoup trop compliqué et c’est la porte ouverte à toutes les exceptions imaginables”. Mais passons. Ce qui compte, c’est que si on tient compte du témoignage des contributeurs dans le domaine de l’amour, il faut en tenir compte aussi dans les autres domaines. Il faut donc demander aux contributeurs pour le logement, l’éducation, la santé, etc… si leur contribution n’est pas intolérable, et si elle l’est, les en dispenser. C’est bien cela ? Tyranos: oui, mais alors le jeu sera complètement faussé par le fait qu’ils répondront évidemment que c’est intolérable afin de ne pas payer leurs contributions. Liber: c’est exactement ce que feraient les contributeurs de l’amour obligatoire. Pourquoi ne dis-tu pas que le jeu serait faussé dans leur cas ? Tyranos: Mais parce qu’il ne l’est pas ! Liber: Comment le sais-tu, puisque la seule preuve du traumatisme est précisément le témoignage des intéressés. Tyranos: Mais parce qu’ils mentiraient, tu ne comprends pas, ils mentiraient pour ne pas payer les contributions. Liber: Pourquoi ne voudraient-ils pas les payer ? Tyranos: Mais je ne sais pas. Parce que ça leur est désagréable de payer. Ils sont obligés de se déposséder de quelque chose. Liber: N’est-ce pas la preuve qu’ils trouvent cette contribution intolérable ? Tyranos: Eux la trouvent intolérable, mais elle ne l’est pas, en fait. Liber: Ce que tu dis là n’a pas de signification. Rien n’est intolérable en soi. Une chose est intolérable parce qu’elle est ressentie comme telle par les intéressés. Tyranos: Oui, en effet. Liber: ainsi, toutes les contributions obligatoires sont intolérables.
Le fait que les contributeurs les ressentent comme telles en est une preuve
suffisante.
Tyranos: Ah, je sais ! Le caractère intolérable de l’amour forcé peut être testé de manière indépendante. Je m’explique: j’admets qu’il existe une circularité dans le fait de s’appuyer sur le témoignage des contributeurs pour savoir si la contribution obligatoire est insupportable, aussi bien dans le domaine de l’amour obligatoire que dans les domaines, disons “habituels” de la solidarité obligatoire. Mais le cas de l’amour obligatoire est testé indépendamment car les gens violés qui témoignent de leur traumatisme le font habituellement en dehors du cadre de cette solidarité obligatoire. Liber: Bien. Si on prend à quelqu’un 50 000 F sur son compte en banque au titre de la solidarité obligatoire, il va peut-être trouver cela intolérable mais son témoignage sera sans valeur parce qu’il cherche justement tous les arguments susceptibles de le dispenser de cette contribution. C’est bien cela ? Tyranos: Oui. Liber: Fort bien. Si maintenant, la voiture (d’une valeur de 50 000 F) de ce même individu est volée, il va sans doute trouver cela intolérable. Il va le dire, mais il va également manifester certains symptomes qui prouvent sa bonne foi, comme de la nervosité, de la colère ou de l’angoisse. N’est-ce pas la preuve que l’on peut tester de manière indépendante le traumatisme induit par les contributions obligatoires ? ainsi, il me paraît évident que le traumatisme dû aux contributions obligatoires est bien réel, et ce, quelle que soit la forme prise par les dites contributions. Tyranos: C’est vrai. Liber: Ainsi, nous ne sommes toujours pas parvenus à dissocier l’amour obligatoire unilatéral des autres domaines de la solidarité obligatoire, et à justifier les raisons pour lesquelles il n’en fait effectivement pas partie. Nous sommes donc à nouveau face à l’arbitraire le plus total. Pour conclure, tu es obligé soit d’admettre que la solidarité
obligatoire se justifie et dans ce cas accepter moralement le “viol légal”,
soit de rejeter avec moi la solidarité obligatoire, comme
fondamentalement et intrinsèquement immorale.
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