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Le phare ou la question des "biens collectifs"Par MyMithra, janvier 2003 Si vous lisez l'article sur le libéralisme dans l'Encyclopédie en ligne proposée par Yahoo!, vous y trouverez, entre autres absurdités, mensonges et sophismes, l'argument suivant censé justifier la coercition étatique:
"Pour qu'une marchandise soit produite dans une économie de marché, il faut qu'elle corresponde à une demande solvable. Triste conclusion, vraiment: toujours ce pessismisme concernant l'être humain: si on le force pas, c'est un bon à rien. Dommage qu'on ait fermé les camps de rééducation...
Rappelons tout de suite, que dans l'exemple ci-dessus, le phare étant envisagé comme un outil économique, il est impossible d'en déterminer le coût d'opportunité en dehors d'un système de prix (en l'occurence par la coercition). Comment savoir si ce phare sera réellement utile, et s'il ne vaudrait pas mieux pour tout le monde que les bateaux qui croisent au large prennent un autre chemin ou même renoncent à faire du commerce à proximité ? Mystère total.
Dans une société libre, si un groupe d'individus a intérêt à construire un phare, ce qui veut dire que le phare a de bonnes chances de rapporter plus au groupe que ce qu'il lui coûtera, ce phare verra le jour, n'ayez aucune inquiétude là-dessus. "- Si je construis un phare, il y aura deux, trois, ou dix fois plus de bateaux qui voudront venir dans mon port vendre leur marchandise, parce que ce sera beaucoup moins dangereux pour eux, donc moins coûteux. Donc je vais construire un phare et en répercuter le coût sous forme, par exemple, d'un droit d'entrée dans mon port. Je vais aller en parler à mon banquier". Son meilleur ami, Dumarant, à qui il parle du projet, lui dit: "- Bonne idée, si tu construis ce phare, il y aura plus d'activités dans la ville. La population augmentera en conséquence. Tu vas donner du travail à des tas de gens par la même occasion. En outre, avant, il y avait une falaise déserte, désormais il y aura des promeneurs qui voudront bien acheter un billet pour visiter ton phare. Raison de plus pour le construire. Et j'y pense: pourquoi ne pas mettre une antenne émettrice de télévision en haut de ton phare ? C'est une source de profit à étudier. Si tu veux, on s'associe."
Vous avez compris ? Alors un petit test : maintenant, à vous d'imaginer une autre exploitation possible du phare! Eh oui, dans la société libre, on utilise ses méninges et son imagination pour inventer des solutions. Les hommes de l'Etat n'aiment pas trop ça: en dignes héritiers des hommes des cavernes, ils trouvent qu'il est moins fatigant d'utiliser la force, la contrainte, pour mener à bien leurs projets...
Bien sûr, les incontournables égalitaristes diront: "oui, mais certains bateaux croiseront au large sans aller dans le port, certains touristes admireront le phare de l'extérieur mais n'achèteront pas de billet! C'est injuste". "- Eh après ? Mon phare me rapporte, il bénéficie aux clients de mon port et aux habitants de la ville, s'il est utile même à de lointains étrangers, comment pourrais-je m'en plaindre ? J'en suis ravi, au contraire." Car Dumarin est humaniste, c'est-à-dire libéral: il se réjouit toujours du bonheur d'autrui. Encore une objection, votre honneur: et si le traffic n'augmente pas vraiment et que les touristes ne sont pas intéressés par la visite du phare ? Eh bien, c'est peut-être tout simplement que le phare n'est pas si utile que cela et que la falaise serait aussi belle sans lui... La morale de cette histoire est que les "biens collectifs" n'existent pas, tout simplement (au sens où seul l'Etat pourrait les produire), et qu'ils sont un prétexte fallacieux à l'existence de l'Etat... Au fait, la bombe atomique...c'est un bien collectif, n'est-ce-pas ? Heureusement que les états forcent leurs sujets à la financer (via l'impôt), parce que sinon, il n'y en aurait sans doute pas une seule sur Terre. Ouf! on l'a échappé belle.
Note: l'idée selon laquelle les phares ne peuvent exister sans la coercition étatique est d'ailleurs historiquement inexacte. Malgré l'évidence historique et logique, certains économistes (comme Joseph Stiglitz) persistent à présenter le phare comme l'archétype du bien public impossible à produire sans la coercition étatique. |