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L'égalitarisme contre la vie
Par MyMithra, 11/10//2003
On a beaucoup
écrit sur l'égalité, et sa réfutation en tant
que norme de droit ou norme morale1. L'égalité reste toutefois le noyau dur des doctrines
pseudo-morales et des préjugés sociaux de notre époque.
La difficulté
avec l'égalité, c'est qu'on ne sait pas de quoi on parle. Chacun
laisse jouer ses émotions, de manière désordonnée,
c'est-à-dire, à peu de choses près, les préjugés
qu'il souhaite voir ériger en vérités universelles. C'est
d'ailleurs cela que veulent les égalitaristes: qu'on ne sache jamais
de quoi il est question exactement. Or, ici comme ailleurs, seul le raisonnement
peut trancher, si l'on ne veut pas que la violence s'en charge un jour ou
l'autre.
Égalité,
donc, mais laquelle? Égalité de quoi? Car il faut choisir: les
égalités se contredisent mutuellement.
L'égalité
des droits
La devise
de la soi-disant « République Française »
est bien connue: « Liberté, Egalité, Fraternité
». C'est un peu facile, quand on ne définit pas les mots
qu'on emploie. Cette triade est-elle seulement concevable? Pour le savoir,
il faut en définir les termes.
Commençons
par la liberté. La « liberté » est
l'état de celui qui n'est pas soumis, lui-même ou sa propriété
légitime, à la coercition physique de la part d'autres individus.
Une nouvelle notion a été introduite: définissons-là.
La « propriété légitime »
est celle qui a été acquise par l'échange non violent
ou la première utilisation. Dernière notion avant de parler
de l'égalité: le « droit ». Il n'y
a qu'un droit: le droit à la liberté. Ce n'est pas très
compliqué.
Ce que nous
pouvons dire maintenant, c'est que la seule égalité compatible
avec la liberté, c'est l'égalité des droits: chacun a
droit à la liberté. C'est la seule égalité possible
et souhaitable. Il n'y a aucune contradiction, logique ou pragmatique, dans
cette conception de l'égalité et sa relation avec la liberté
correctement définie. Cette égalité-là est universellement
applicable, ici, maintenant et pour toujours, et surtout compatible avec la
vie et la société humaines.
Seules ces
définitions de la liberté et de l'égalité sont
compatibles entre elles et avec la vie humaine tout en étant sensées
et intrinsèquement cohérentes. Si vous n'êtes pas convaincu,
essayez d'en formuler d'autres. Et pourtant, ce sont ces définitions
que les égalitaristes rejettent avec rage.
Nous pouvons
maintenant dire ce qui suit sur l'égalité:
Tout d'abord,
le principe d'égalité, dès lors qu'il ne concerne pas
précisément l'égalité des droits, est incompatible
avec la liberté. Quoi qu'en disent ses avocats, il n'est pas non plus
universel. Il ne se met pas en place spontanément et requiert obligatoirement
l'usage de la violence par une minorité (constituée des hommes
de l'État et de leurs employés) qui démontre ainsi qu'elle
rejette ouvertement ce principe d'égalité au moment même
où elle prétend l'imposer. Voilà déjà beaucoup
d'éléments qui ne plaident pas en sa faveur.
Ensuite,
ce principe n'est tout simplement pas compatible avec la vie et la société
humaines. Car la vie et la société humaines exigent de travailler,
de se nourrir, de marcher, de respirer, etc. ou au moins d'ordonner à
d'autres d'effectuer ces tâches. Elles exigent donc l'initiative individuelle.
Or, par définition même, l'initiative individuelle entraîne
mécaniquement une différenciation quelconque de l'individu par
rapport aux autres, c'est-à-dire une inégalité, précisément.
Car qu'est-ce que l'inégalité sinon la différenciation?
Si deux choses sont différentes par un de leurs attributs, c'est qu'il
existe un attribut que l'une possède plus que l'autre: elles sont
donc, à strictement parler, inégales sous l'angle de cet attribut,
même si elle peuvent être égales par ailleurs (par exemple,
deux triangles sont égaux pour ce qui est de la somme de leurs angles
et peuvent être inégaux pour ce qui est de leurs périmètres).
C'est en vain que l'on recherchera des différenciations qui ne permettent
pas un classement quantitatif d'après un critère donné,
entraînant par là une inégalité.
Ainsi, le
simple fait de réclamer l'égalité constitue une initiative
individuelle qui entraîne une différenciation de ceux qui la
réclament par rapport à ceux qui ne la réclament pas,
donc une inégalité. Ainsi, le temps de parole de ceux qui réclament
l'égalité est supérieur à celui de ceux qui ne
parlent pas du tout. Le nombre d'idées qu'ils expriment est supérieur
au nombre d'idées exprimées par ceux qui n'en expriment aucune.
Leur motivation est supérieure à celle de ceux qui ne sont pas
motivés, le degré d'estime (ou de mépris) qu'ils recueilleront
suite à leurs discours en faveur de l'égalité sera supérieur
à celui que recueilleront ceux qui n'ont rien dit, etc. Un nombre
incalculable d'inégalités est créé par le simple
fait de réclamer l'égalité, et il faut bien la réclamer
pour qu'elle s'applique, car elle n'est pas spontanée. Le principe
d'égalité exige donc sa propre violation pour être appliqué,
ce qui est la preuve logique définitive de son absurdité.
Peut-être
alors peut-on tenter de sauver l'argument égalitariste en abandonnant
certaines égalités et en se concentrant sur d'autres? Mais lesquelles
faut-il abandonner et pourquoi? Si certaines égalités sont
mauvaises, alors pourquoi pas toutes? Ou si certaines sont bonnes, pourquoi
pas toutes? Comment distinguer une égalité souhaitable d'une
égalité indésirable? Faut-il par exemple que tout le
monde porte les mêmes chaussures, ou que tout le monde habite à
la montagne, ou que tout le monde parle la même langue? Faut-il que
tout le monde pense la même chose? Faut-il que tout le monde pratique
le même métier? Faut-il que personne ne mange puisque certains
sont privés de nourriture? Ou peut-être inoculer le sida à
tout le monde, puisque certains l'ont attrapé? Faut-il tuer tous les
nourrissons, puisque certains d'entre eux meurent à la naissance? Pourquoi
pas, si c'est l'égalité qui prime? Et si l'égalité
est subordonnée à un principe supérieur, lequel est-ce
et pourquoi faut-il que parfois elle échappe à cette subordination?
Voilà toutes les questions auxquelles les égalitaristes doivent
répondre devant nous, de manière claire et non contradictoire,
ce qu'ils n'ont jamais fait et ne sont pas près de faire!
Conséquences
inévitables
La réponse
des égalitaristes à ces arguments écrasants est habituellement
de prôner la « modération », c'est-à-dire
en clair, de ne pas tirer toutes les conséquences des principes qu'ils
prêchent: mais c'est là qu'ils s'embourbent encore plus, car
ce n'est qu'en tirant toutes les conséquences d'un principe qu'on peut
s'apercevoir de ses incohérences s'il est faux: « l'épreuve
de la progression est la pierre de touche des principes »,
disait Frédéric Bastiat. Les égalitaristes voudraient-ils
qu'on n'analyse pas leur doctrine et qu'on l'accepte comme un dogme? Effectivement,
ils demandent qu'on taise les incohérences de leur principe et les
monstruosités auxquelles elles conduisent. Leur prétendue modération
n'est rien d'autre qu'un refus de penser et un dogmatisme effarants.
Mais revenons
aux conséquences inévitables de l'égalitarisme. Que veut
donc dire dans ces conditions qu'il faut réaliser l'égalité?
Il n'y a qu'un moyen de le faire, et puisque ce n'est pas dans la vie, c'est
donc dans la mort. Effectivement, en tuant tout le monde, on réalise
l'égalité complète sous tous les angles. À condition
que l'assassin survivant se suicide. L'égalitarisme bien compris et
logiquement appliqué mène à l'extermination généralisée
de tous les êtres humains. Et une idéologie sensée mener
au « bien-être social », comme
l'égalitarisme, n'est-elle pas faite pour être bien comprise
et logiquement appliquée? Sinon, à quoi peut-elle bien servir?
L'égalitarisme
est donc une idéologie de mort, et puisque réciproquement toute
idéologie de mort est évidemment égalitariste, il s'ensuit
qu' égalitarisme et idéologie de mort sont une seule et même
chose. Les deux expressions sont synonymes.
Bien sûr,
dans la réalité, comme toute doctrine irrationnelle et inapplicable,
l'égalitarisme sert de prétexte au pouvoir et à l'oppression.
Jamais une doctrine n'a été plus meurtrière et plus sanguinaire
que l'égalitarisme. A titre d'illustration, si l'on regarde où
ont mené les idéologies égalitaristes, dans leurs différentes
déclinaisons, nationalistes-socialistes et communistes, on s'aperçoit
qu'elles ont effectivement toutes mené d'une manière ou d'une
autre à la mise en place de machines à tuer, c'est-à-dire
de machines à égaliser.
L'égalitarisme
doit être rejeté et combattu sans compromis par chacun, si ce
sont la vie, la morale et la vérité qu'il recherche.
1. Voir notamment: « Egalitarianism
as a Revolt Against Nature », de Murray N. Rothbard.
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