Comment l'Etat et ses partisans endorment votre esprit critique: trois techniques subtiles.

Par MyMithra


Les hommes de l'Etat savent que l'entité qu'ils dirigent est illégitime, immorale et que son apport est finalement négatif. Pour maintenir leur monstre en vie, il n'y a pour eux qu'une seule solution: supprimer la critique. 

Or toute critique est une recherche de contradictions.

Ainsi, il existe au moins trois techniques principales de lutte contre la critique, qui sont des techniques de frein à la recherche de contradictions : 

La première est l'usage de la violence physique ou la menace de l'employer quand celle-ci suffit. 

La deuxième est l'aliénation mentale, qui consiste dans l'acceptation qu'il existe un champ d'irrationalité.

La troisième est la confusion mentale, qui consiste dans l'attribution implicite à des valeurs unanimement reconnues d'un sens foncièrement différent du leur, et correspondant dans les faits aux intérêts de l'Etat. 


L'usage de la violence physique

Il est inutile d'insister sur ce moyen de lutte contre la critique, qui est facile à la fois à comprendre et à repérer. Il porte parfois le nom de censure. Il est souvent relié aux autres moyens, parce que ce sont eux qui lui fournissent les justifications idéologiques nécessaires. 

L'aliénation mentale

Elle consiste, je le rappelle, dans l'acceptation qu'il existe un champ d'irrationalité. Pour introduire dans l'esprit des gens l'idée qu'il existe un tel champ d'irrationnalité, plusieurs moyens sophistiques sont possibles: 

On peut souligner que certains aspects de notre environnement demeurent inexplicables et en tirer la conclusion faussement logique qu'ils sont par nature irrationnels. C'est un argument qui sert souvent de brêche aux théories qu'on appelle communément "religions", et donc de soutien aux Etats qui s'appuient sur des théories de ce genre. 

La meilleure méthode reste la construction d'un champ autonome de propositions n'ayant aucune connection avec la réalité expérimentale: ce champ constitue alors une théorie irréfutable. Or, il se trouve que beaucoup de gens croient que le caractère irréfutable d'une théorie lui donne de la force, grâce à l'illusion que ce qui ne peut être réfuté est vrai. Or le caractère irréfutable d'une théorie est justement son point faible, puiqu'il découle du fait que celle-ci ne peut rien dire concernant la réalité. 
Les religions comme le christianisme, la psychanalyse, le marxisme ou l'astrologie utilisent largement cette technique. 

Le monde intellectuel est grouillant de théories irréfutables: la plupart des convictions intimes des gens en sont d'ailleurs dérivées. C'est à mon avis une des difficultés majeures de la communication humaine et l'origine de nombreux conflits. 

Tout Etat s'appuie pour se légitimer sur une ou plusieurs théories irréfutables (théiste, marxiste, etc...). 
Les états "démocratiques" actuels sont particulièrement illégitimes puisqu'ils ont un poids bien plus important que leurs prédécesseurs: ils ont donc besoin pour faire croire à leur légitimité d'utiliser des théories irréfutables particulièrement efficaces, comme le relativisme.

Bien sûr, ce n'est pas directement que l'Etat organise la propagation du relativisme, mais par l'intermédiaire de ses satellites, disséminés dans l'enseignement public et dans les milieux intellectuels souvent sbventionnés par l'Etat. 
Le relativisme consiste à nier l'existence de toute réalité indépendante de la perception qu'on en a: il existe peut-être une réalité, mais on ne pourra jamais la connaître car toute tentative de description est subjective. Ainsi, chacun a sa description de la réalité, tout aussi arbitraire ou valable que celle du voisin. Tout énoncé scientifique n'est alors plus que le reflet de la situation sociale, du milieu, de la culture, des préjugés, etc... de la personne qui le formule. On pourrait penser que cette vision des choses mène finalement à une grande tolérance et qu'elle ne pose pas de problème, mais il n'en est rien. En effet, le relativisme permet de diviser le monde en "bons" et "méchants". Puisque tout argument, notamment scientifique, n'est que le reflet des motivations profondes des individus qui l' emploient, on peut décider de la pertinence des arguments en fonction de la façon dont sont perçues ces supposées motivations. Le dérapage vers l'irrationnel est alors total, puisque les arguments en tant que tels n'ont plus aucune valeur. Alors, chaque argument cesse d'être scientifique ou logique pour devenir exclusivement politique

C'est par ce biais principalement que l'Etat parvient à combattre la rationalité, en la vidant de sa substance et en lui fixant des limites politiques
Par cet adroit tour de passe-passe, il peut alors justifier toutes sortes de répressions, notamment à l'encontre de la liberté d'expression (puisque les arguments n'en sont pas, on peut les interdire: il suffit de décréter que celui qui les émet est motivé par la "haine", cela dispense même d'en prendre connaissance. L'écrasante majorité des auteurs censurés ces derniers vingt ans n'ont même pas été lus  par ceux qui ont réclamé leur censure). 

Bien évidemment, le relativisme n'existerait sans doute pas, et en tous cas, il n'aurait certainement pas à ce point envahi la sphère intellectuelle si certains individus n'y trouvaient pas leur compte par le biais du soutien de l'Etat reconnaissant. Autrement on voit mal comment cette manière de penser qui n'apporte rien et qui n'explique rien sur rien (comme toute théorie irréfutable) aurait acquis un tel prestige, surtout si l'on s'aperçoit grâce à Sokal et Bricmont 1 que ces individus sont en réalité incompétents.

Ainsi, les intellectuels relativistes soutiennent l'Etat. Ils professent tous sans aucune exception (je mets au défit le lecteur de me prouver le contraire) un collectivisme dur comme le socialisme et sont en général vigoureusement soutenus en retour par l'Etat, à travers par exemple les subventions accordées par le ministère de la "culture". Bref, ils entretiennent dans l'esprit du public, et surtout malheureusement, du public cultivé (les autres ne lisant pas ce genre d'ouvrages), le mépris condescendant à l'égard de la rationalité. C'est bien ce que recherche l'Etat, que l'exercice libre et pertinent de la rationalité suffit à remettre en cause. 

De tous temps et en tous lieux, les seuls intellectuels ayant pu s'exprimer publiquement et faire efficacement rayonner leur pensée, ont toujours été partisans de l'Etat en place, sauf dans les pays où la taille de l'Etat était suffisamment petite pour qu'ils ne risquent pas d'être persécutés.
Ainsi, du temps des rois, les intellectuels ayant de l'audience étaient royalistes, comme au temps de la "démocratie", ils sont favorables à toujours plus de "démocratie".

Pour entretenir ce champ d'irrationnalité, il faut un instrument puissant et général de propagande: c'est bien évidemment l'Education nationale. 

On me demandera de préciser comment je sais que l'Education nationale est un instrument de propagande. Très simple: comment expliquer que l'écrasante majorité des bacheliers ignore jusqu'aux noms de Popper, Mises, Hayek, Nozick, Rothbard, Arrow, Rand, Bastiat, et j'en passe, alors que tous ont lu plusieurs textes de Marx, Hegel, Camus, Bourdieu, Sartre, Beckett, Kafka, et même de Lénine (!!!) quand ils n'ont pas eu à en lire des livres entiers ? Pourquoi tous les auteurs libéraux sont-ils quasiment absents des programmes littéraires et philosophiques de l'Education nationale ? Comment après cela, cette administration peut-elle nous chanter l'air de l' "objectivité" et de l' "indépendance", ou de la "laïcité" ? 

Hors, comme tous les relativistes sont des collectivistes et qu'ils expriment leur sympathie, directement ou indirectement pour les auteurs collectivistes ci-dessus mentionnés, la connection entre collectivisme et relativisme se fait par la force inéluctable de la répétition et de l'affectivité dans le cerveau des jeunes. 

Le cycle infernal collectivisme - relativisme est alors enclenché: bourrage de crâne collectiviste suivi d'arguments relativistes pour combattre les critiques. Les esprits libres ont vraiment du mal à se faire entendre. 

Une fois que le relativisme est bien entré dans les esprits, les possibilités de critiques sont déjà bien dégradées. 
 
En effet, accepter le relativisme, c'est accepter l'incohérence logique, c'est-à-dire la contradiction logique. Or, puisque toute critique est une recherche de contradictions et n'est que cela, l'acceptation du relativisme entraîne mécaniquement la renonciation à toute forme de critique. Le relativisme digère la critique en la réduisant à une assertion elle-même relativiste.

Comme la démocratie repose toute entière sur la théorie selon laquelle il existe une "volonté générale", il lui est absolument nécessaire de rendre irréfutable l'existence de cette "volonté générale". Malheureusement, Arrow a démontré que ce concept ne correspondait à rien. Mais peu importe: le relativisme digère très bien ce genre d'arguments, en expliquant par exemple qu'il est vrai peut-être au sein d'autres cultures, mais pas en France, et que la démocratie reste, malgré tout, le moins mauvais système.

De même pour toutes les opinions politiques obligatoires, elles sont incontestables puisque toute critique est par définition infondée. C'est de cela, entre autres, que découle toute la doctrine égalitariste socialiste (comme : tous les gens sont nécessairement égaux, même si cela n'a strictement aucune signification). 
 

La confusion mentale

Elle consiste dans l'attribution implicite à des valeurs unanimement reconnues d'un sens foncièrement différent du leur, et correspondant indirectement aux intérêts de l'Etat (puisque contribuant à le légitimer). 

Cette confusion est très soigneusement entretenue par les intellectuels et les médias financés par l'Etat. Tous les mots clefs d'un champ lexical donné sont subtilement redéfinis: on remplace leur vrai sens par celui qui lui est diamétralement opposé. Ainsi, 

  • On appelle "Liberté" le fait de s'approprier le fruit du travail d'autrui par la violence, c'est-à-dire en fait l'esclavage de certains au profit des autres (exemple : la "liberté" syndicale)! 
  • On appelle "Combat contre le totalitarisme" le combat contre le marché libre, c'est-à-dire en fait le combat contre la liberté elle-même donc pour le totalitarisme ! 
  • On appelle "Anti-fascistes" les partisans de l'augmentation drastique du contrôle exercé par l'Etat, c'est-à-dire en fait les fascistes eux-mêmes ! 
  • On appelle "Liberté d'expression" le droit de dire uniquement ce que l'Etat permet de dire, c'est-à-dire l'expression dans le cadre de la censure ! 
  • On appelle "Fraude fiscale" le refus de se soumettre au vol à main armé hypocrite de l'Etat. "Fraude", le refus de collaborer !!! 
  • On appelle "Modérés" des gens qui considèrent que la critique et la rationalité ont des limites politiques 2, alors que ceci est justement l'idéologie centrale du totalitarisme ! "Modérés", des gens qui considèrent que la démocratie est "le moins mauvais système", à l'encontre de la logique la plus imparable et sans aucune justification.
  • On appelle "Solidarité" l'obligation sous la menace de la violence de donner (en grande partie) de ses biens à l'Etat, c'est-à-dire en fait la collaboration obligatoire au vol à main armé ! 
  • On appelle "Crimes" ou "Délits" des actes qui ne font de tord à personne (comme le fait de détenir une arme chez soi), pendant qu'on appelle "Justice" et "Bien commun" ce racket à grande échelle qu'est l'impôt. 
  • On appelle "Tolérance" l'obligation, sous la menace des armes, de financer la propagation de la culture et des idées d'autrui (même quand celles-ci sont manifestement dangereuses pour ceux qui sont obligés de les financer !), c'est-à-dire en fait, le racket ou l'esclavage ! 

  •  

     

    En fait, les mots gardent leur vrai sens sauf quand ils sont appliqués à l'Etat lui-même : quelle éclatante démonstration de la monstrueuse immoralité et de l'hypocrisie de l'Etat 3
     

    Voir aussi notre article sur les définitions

    Conclusion

    Pris entre l'obligation insidieuse d'accepter la subordination des idées à la politique, c'est-à-dire à l'Etat, et la confusion injectée dans le langage lui-même, les esprits libres sont en situation difficile. 
    Néanmoins, les techniques utilisées par l'Etat et ses sbires sont suffisamment démystifiées à ce jour pour qu'elles ne finissent par tomber sous le coup de la vigilance d'un public qui, en dépit de la censure et de la propagande intenses, est tout de même avide de vérité. 
     
     



    Notes :

     (1) Sokal et Bricmont, "Impostures intellectuelles"

     (2) Sitôt que l'on considère comme vraie une proposition incohérente, l'irrationalité devient totale, puisqu'on peut en dériver logiquement n'importe quelle autre proposition. Quand on est là, il n'existe évidemment plus aucun moyen de discuter et de comprendre, puisque tout est simultanément vrai et faux. C'est pour cela que l'irrationalité entraîne la violence: comment, dans ce cadre, les conflits pourraient-ils être résolus autrement? Ainsi, prôner la "modération en toute chose, même dans la recherche de la rationalité" est absurde, et en fin de compte, dangereux: il ne peut y avoir de limites à la recherche de rationalité, car la moindre irrationalité entraîne l'irrationalité intégrale de tout système de pensée.Le totalitarisme s'appuise toujours sur l'irrationalité

     (3) Une comparaison qui parlera peut-être à certains est la suivante:
    Il s'agit d'une des fameuses "preuves ontologiques de l'existence de Dieu", de Saint Thomas, qui dit à peu près ceci: "Tout corps en mouvement a reçu son impulsion d'un autre corps. On remonte ainsi la chaîne et il faut alors admettre qu'un premier corps est à l'origine du mouvement de tous les autres: ce corps mû par lui-même, on l'appelle Dieu." Ce raisonnement est évidemment absurde, puisque la conclusion contredit l'hypothèse. Il est néanmoins convaincant aux yeux de ceux qui sont victimes d'aliénation mentale, c'est-à-dire qui admettent l'existence d'un champ d'irrationalité où existent des concepts incompréhensibles et inatteignables (Dieu, en l'occurence). 
    Exactement pour les mêmes raisons, certains personnes admettent que le vol, le racket ou l'esclavage sont immoraux, et croient néanmoins qu'ils ne le sont pas dès lors qu'ils sont exercés par l'Etat, parce que celui-ci est environné d'un champ d'irrationalité (en l'occurence, la "volonté générale"). Sans qu'il y paraisse, ils sont victimes d'une aliénation mentale tout à fait similaire.