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Commentaires des lecteurs
Dans cette rubrique, sont présentés des commentaires et critiques adressées par des lecteurs, ainsi que mes réponses.
Bonjour M. Mithra,
j'ai lu avec attention votre texte intitulé 'Le phare ou la question des
'bienscollectifs'' sur quebecoislibre.org. Vous démontrez que les phares
sont des biens qui peuvent très bien être créés, possédés et gérés par
des individus. Je trouve l'idée que les besoins personnels peuvent
parfois servir une société est très intéressante.
Je me demande par contre comment cela pourrait être possible dans le cas
de la protection de l'environnement. Est-ce que les entreprises vont
d'eux-mêmes décider de polluer moins? Et si cela n'a aucune influence
sur la comptabilité des dix prochaines années? Et si une compagnie voit
ses profits menacés par la protection de l'environnement, n'aura-t-elle
pas tendance à mettre des bâtons dans les roues de ceux qui veulent
protéger les biens collectifs que sont l'eau des rivières, l'air que
l'on respire? N'est pas un cas ou les gens qui forment une société
doivent prendre une décision collective pour éviter un désastre irréparable?
D'un autre côté, que dire de la sécurité des travailleurs? Si ces
derniers sont remplaçables pourquoi s'en soucierait-on? Si l'on prend
comme exemple l'Angleterre du 19ème siècle, société sur laquelle vous
vous basez pour démontrer avec justesse que les phares peuvent être
construit grâce à l'initiative privée, peut-on dire que les travailleurs
étaient libres, qu'ils avaient des conditions d'emploi honorables avant
qu'ils ne fondent des syndicats ou que des lois sur le travail les
protègent?
Ce sont deux points où j'ai de la difficulté à voir qu'un même
raisonnement pourrait s'appliquer. Pouvez-vous m'éclairer sur ces questions?
merci,
XXX,
Cher Monsieur,
les questions que vous posez sont intéressantes et importantes.
Je tâcherai de prendre le temps dans les jours qui viennent
de vous donner des éléments de réponse argumentés et
cohérents sur ces points.
Je peux nénamoins vous donner dès à présent des pistes pour
votre réflexion.
Pour la protection de l'environnement, la problématique est
la même que pour les phares: il s'agit de définir les droits
de propriété sans lesquels aucune solution n'est possible (à
part l'autoritarisme complet qui consiste à considérer que
le souverain possède tout y compris les êtres humains
eux-mêmes).
La philosophie libertarienne n'est pas écolologiste, elle
est humaniste. La différence entre les deux approches est
que les écologistes, en fin de compte, veulent faire passer
l'intérêt (parler d'intérêt n'a même pas de sens) de
l'environnement avant celui des hommes, ce qui
est absurde. Pour le
libertarien, au contraire, la préservation de la nature n'a
de sens que
si elle répond à un besoin humain. Contrairement à
l'écologisme, cela permet d'intégrer l'environnement dans
l'echelle des priorités de l'individu, ce qui permet de
sortir de l'arbitraire.
Cela ne peut se faire que par un système de prix: quel prix
est-on prêt à payer pour préserver l'environnement ?
Sommes-nous prêts à travailler 20 heures par jour pour que
l'eau des rivières soient potables, ou préférons-nous
renoncer à la boire ?
Bref, la question de la protection de l'environnement "en
soi", en dehors d'une échelle de priorité, n'a pas de sens.
Ceci est un premier problème.
Le deuxième problème, plus important, est bien évidemment la
dilution de la responsabilité. Tout le monde pollue,
certains plus que d'autres, et les intérêts particuliers à
court terme semblent l'emporter sur les conséquences
globales à long terme.
Mais il n'y a pas moyen de définir les responsabilités
en dehors du cadre de la propriété.
La nécessité de définir des droits de propriété apparaît avec la
rareté des biens. Les biens dont on parle ici sont les
ressources naturelles pures (non polluées). Tant qu'ils ne
sont pas rares, il n'est pas grave de les consommer (les
polluer), comme c'était le cas jusqu'à présent.
Dès lors que les ressources non polluées deviennent plus
rares, il devient nécessaire de définir les droits de propriété.
Le problème n'est donc plus : "peut-on polluer ?", mais "où
et chez qui peut-on polluer ?"
Exemple: peut-on polluer les champs de culture par les
nitrates ?
Cette question devient soluble dès lors que l'on sait à qui
appartient le champ, car alors c'est au propriétaire
d'accepter ou non cette pollution, probablement moyennant
finance (ce qui peut être dissuasif pour le pollueur). Il
faut également garantir que la victime de la pollution
puisse poursuivre son agresseur si celui-ci pollue
son champ contre son gré.
Pour les plages polluées par les marées noires, le problème
est identique: tant que les plages propres ne sont pas
rares, on se moque de la pollution. Mais quand elles le
deviennent, alors il faut définir des droits de propriété
dessus. Bien sûr, c'est déjà à moitité vrai puisque ce sont les
communes qui sont censées en être propriétaires, mais c'est
imparfait puisque les maires sont irresponsables de la même
façon que les hommes de l'Etat.
Si les plages (fréquentées) étaient privées, sous forme par
exemple de copropriétés de riverains, d'hôteliers, et des
loueurs de matériel de loisir, il n'y a aucun doute qu'elles
seraient propres et que les pétroliers pollueurs seraient
impitoyablement poursuivis.
Au lieu de cela, le gouvernement appelle à la
"responsabilité collective" (notamment à cause du "Prestige"
qui a coulé récemment au large des côtes Européennes) et ce
sont des volontaires qui nettoient, ce qui est inefficace,
voire des fonctionnaires, ce qui est inadmissible puisque ce
ne sont pas les contribuables qui doivent payer pour les
dégâts occasionnés par des tiers.
Bref, la piste que je vous propose est : la définition des
droits de propriété, condition nécessaire à la recherche des
responsabilités, et par ailleurs, de la liberté.
En creusant cette question vous-même sur divers sujets (les
rues, les plages, les ports, les forêts, etc...), vous allez
voir à quel point elle simplifie et éclaire les problèmes.
N'oublions pas que ce sont les Etats qui
polluent le plus (pensez à l'URSS et à ses cimetières de
sous-marins nucléaires).
L'autre point est très différent. Il s'agit du marché du
travail.
Votre soucis rejoint un peu celui de Marx. Mais il repose sur
l'hypothèse douteuse que les travailleurs sont naturellement
surabondants
et qu'ils sont en situation de concurrence insupportable.
Mais les employeurs aussi sont en situation de concurrence.
Ils ont aussi du mal à recruter. Ou du moins, devraient, car
si la création d'entreprise
n'était pas aussi réglementée et encadrée par des exigences
administratives infernales, beaucoup plus d'entreprises
verraient le jour, et la concurrence serait terrible pour
recruter les meilleurs.
Ce qui se passe en réalité, c'est qu'au nom de l' "intérêt
des consommateurs", on impose des règles innombrables aux
entreprises qui veulent produire, donc embaucher, règles que
seules les grosses ont la capacité de supporter.
Bref, les nouveaux entrants potentiels sont dissuadés, ce
qui évidemment empêche une vraie concurrence entre les
employeurs.
La "protection du comsommateur" (imposée par l'Etat) empêche
la concurrence des
entreprises et rend la main d'oeuvre effectivement surabondante.
Au XIX ème siècle, ce sont les patrons qui ont créé
l'assurance maladie, les retraites (les pensions), le congé
du Dimanche. L'Etat s'est emparé de tout cela (comme des
phares) et a falsifié l'histoire du droit (comme il falsifie
l'histoire tout court dans les programmes scolaires).
Pourquoi ont-ils fait cela, ces patrons ? Certains invoquent
des raisons morales (patrons chrétiens), d'autres parlent
tout simplement d'une concurrence entre patrons, à l'époque
où la main d'oeuvre commençait à se permettre d'être
exigeante (à partir de 1860 en France), suite à une
augmentation générale du niveau de vie sans précédent dans
l'histoire de l'Europe.
Dernier point, peut-être le plus important: il n'existe pas
de différence en réalité, entre un entrepreneur et un salarié.
Un salarié n'est rien d'autre qu'un sous-traitant. Il
devrait pouvoir lui-même sous traiter son travail, à des
employés ou à des machines (ses propres machines
éventuellement). C'est la loi qui le lui interdit.
Un salarié est en fait un entrepreneur individuel qui vend
ses services sur le marché: il devrait pouvoir vendre ses
services à plusieurs personnes, éventuellement en
sous-traitant. C'est la loi qui souvent le lui interdit. En
fait la loi l'oblige à n'avoir qu'un seul client à la fois
(son parton) et elle oblige le client à acheter ses
services. Essayez d'imaginer les dégâts que cette politique
occasionnerait dans d'autres domaines économiques...
C'est le marxisme qui veut à tout prix établir une
distinction entre les "salariés" et les "capitalistes",
CREANT ainsi les antagonismes de classe qu'il dénonce.
Là encore, c'est par une définition claire des droits de
propriété que l'on démonte la construction artificielle
imposée par l'Etat.
A chaque niveau des échanges entre "salariés" et "patron",
se trouve une violation des droits de propriété instaurée
par l'Etat(droit sur sa production, droit sur son propre
corps, incluant le droit d'échanger librement).
La pénétration de l'arbitraire de Etat dans la vie des gens
est telle qu'on finit par la trouver naturelle, à ne rien
imaginer d'autre.
En attendant de vous en dire plus, j'espère que ces quelques
pistes vous permettront de déblayer plus facilement
certaines idées importantes et vous adresse mes très
cordiales pensées.
MyMithra
Bonjour,
je comprends votre argument selon lequel si on définit les droits de
propriété sur l'eau, l'air et la terre, les gens ne pourront pas polluer
comme ils le veulent. Je crois que cette idée rejoint l'idée de
'pollueur-payeur'. Vous avez raison que le cas du Prestige est désolant.
Les gouvernements veulent faire payer les citoyens alors que les
responsables devraient payer pour les conséquences de risques qu'ils
connaissent très bien.
Une meilleure définition de la propriété privée pourrait peut-être
résoudre ce problème. Cependant, un écosystème ne s'arrête pas à la
limite d'un terrain, et la pollution, même chez soi, peut influencer la
qualité de la propriété d'autrui. Par exemple, à la suite d'une pluie,
les nitrates que j'ai accepté de mettre sur mon champ se retrouvent dans
une rivière un peu plus loin, et affecte toutes les propriétés le long
de cette rivière. Comment peuvent-ils me faire assumer ma responsabilité
dans ce cas? Un meilleur exemple peut-être: ma propriété est la seule où
se trouve une espèce; si je décide de polluer sur ma propriété et cela
provoque la destruction de cette espèce, cela ne regarde-t-il que moi?
Qu'en est-il du cas où cette espèce provoque la disparition d'autres
espèces sur des terrains voisins ?
Dans un autre ordre d'idée (je laisse l'environnement de côté un
instant), vous liez beaucoup les responsabilités aux droits de
propriété. C'est une idée intéressante, mais qui fait naître en moi
plusieurs questions. Premièrement, comment assurer ce droit à la
propriété? Est-ce à chacun de protéger ses biens comme il peut ou
doit-on organiser une 'police' pour ce faire? Comment s'assurer que les
gens soient responsables et respectueux devant la propriété d'autrui? La
question est 'qui fera justice?' en quelque sorte.
Deuxièmement, que fait-on dans la situation où le droit à la propriété
de quelqu'un fait qu'un groupe d'individus n'a pas accès à de la
nourriture? Par exemple dans une région où quelqu'un aurait acquis tous
les terrains et interdirait aux gens des les cultiver? Ou encore si un
groupe n'a pas accès à de l'eau et les propriétaires de l'eau ne veulent
pas la partager? Vous dites que votre philosophie est humaniste, mais le
droit à la propriété passe-t-il devant le droit à la vie?
Enfin, une personne peut-elle être vraiment libre dans ce système si
elle ne possède pas de terrain? Dans ce cas cette personne serait en
permanence sur la propriété d'autrui, et devra respecter les règles
décidées par cette autre personne. Devient-elle esclave?
Je pense que ces questions sont importantes, et je n'ai pas encore
compris les réponses qu'y apportent la philosophie libertarienne.
Pouvez-vous encore m'éclairer?
Merci de l'attention que vous portez à mes interrogations,
XXX
Réponse de MyMithra
Cher Monsieur,
Je vais essayer de répondre à vos questions tout aussi
légitimes que les précédentes, et qui sont vraiment au cœur
du débat sur la liberté.
MyMithra : attention, cependant, il n’y a pas besoin de
définir des droits sur des ressources omniprésentes comme
l’air. S’il fallait le faire, ce serait le symptôme d’une
situation vraiment dramatique.
MyMithra : En fait, le problème est exactement le même,
du moins en principe.
Les droits de propriété peuvent être parfaitement clairs et
les responsabilités tout autant. Ici, nous sommes plutôt
face à un problème de preuves. Comment prouver que les
nitrates proviennent bien du champ du voisin, et non de
celui de quelqu’un d’autre ? Soit on peut le prouver, et le
problème est réglé, soit on ne peut le prouver et dans ce
cas il n’y a effectivement pas de solution. Mais il y a un
moyen d’agir sans preuve et sans violence (ie sans Etat):
par le boycott. Boycotter une personne ou un groupe parce
que ses activités sont immorales sans faire de tord à
personne (regarder des photos pédophiles) ou parce qu’on le
soupçonne fort de causer des dégats peut être extrêmement
efficace.
De toutes façons, l’Etat est tout à fait incapable de
résoudre ce problème : les hommes de l’Etat ne sont pas
omniscients, ils ne trouveront pas de preuve là où il n’y en
a pas. En revanche, ils sont capables de polluer eux-mêmes
massivement en en faisant supporter les conséquences aux
autres (essais nucléaires, guerres sales, industrialisation
collective hautement polluante des pays communistes), ou au
contraire interdire drastiquement toute pollution au
préjudice du bien-être de millions de gens. Ici comme
ailleurs, l’Etat ne pourra prendre que des décisions
arbitraires et idéologiques.
MyMithra : la réponse à ce type de questions est le bon
sens et le réalisme. Considérez à quel point cette objection
est tirée par les cheveux, et j’ose dire presque construite
ad hoc.
Vous faites là l’hypothèse que quelqu’un qui détient une
espèce rarissime et unique va délibérément (et inutilement,
car il ne lui en coûte rien de la préserver) la détruire.
Bien sûr, on ne peut pas être certain que cela n’arrivera
jamais. Mais ce sera extrêment rare : tout individu
rationnel agirait autrement (ne serait-ce que par intérêt :
une telle plante pourrait être avantageusement vendue à des
botanistes).
Vous pouvez ensuite croire que ce cas ne sera pas isolé et
que l’homme est en général mauvais et irrationnel. Sur ce
point, je ne vous suis pas, car je partage l’optimisme et la
confiance dans l’homme qui caractérise les libertariens (qui
pour cette raison aussi sont humanistes). Cette confiance
est toutefois limitée : elle part du principe que la grande
majorité des hommes sont rationnels et qu’ils cherchent leur
propre intérêt et celui des autres quand ça ne leur coûte
pas trop, ici vendre ou donner la plante à un botanniste
plutôt que de la détruire bêtement.
De plus, si vous croyez que les hommes en général sont
mauvais et irrationnels, alors, il n’y a aucune raison de
croire que l’Etat puisse être une solution (ce sont des
hommes qui le gèrent), ni bien sûr la démocratie (à
laquelle seuls des hommes mauvais participeraient). En fait,
si l’homme est mauvais, alors la terre ne peut rien être
d’autre qu’un enfer.
Pour finir sur cette question importante qui a été
longuement traitée par Rothbard (Les "cas de sauve qui
peut" dans l’Ethique de la liberté) et surtout par Ayn
Rand (l’"Ethique des urgences" dans la vertu d’égoïsme),
il faut savoir qu’une règle de droit doit d’abord et avant
tout résoudre les cas habituels, qui constituent la vie de
tous les jours dans un environnement compatible avec
l’existence d’une société humaine, et c’est précisément ce
que fait le système des droits de propriété. Au contraire,
les doctrines collectivistes mettent en avant une vision
catastrophiste de l’homme (que se passe-t-il s’il n’y a pas
assez de chaloupes de sauvetages pour tout le monde ?) qui
non seulement ne résout même pas les cas extrêmes, mais
surtout, et c’est le plus grave, ne dit rien sur les cas
habituels qui constituent 99% de notre quotidien. En fait,
elles ne proposent que des variantes de cette solution :
donner tous les droits de propriété aux hommes de l’Etat et
s’en remettre à eux.
En fait, les droits de propriété s’appliquent même aux cas
extrêmes, et c’est la preuve de leur cohérence : donc, oui,
celui qui détruit une espèce rare qui se trouve dans sa
propriété est dans son droit, mais ne cédez pas aux sirènes
catastrophistes : une tel événement n’arrivera presque jamais.
MyMithra : dans ce cas, les droits de propriété clarifient
tout : VOTRE espèce a détruit celles des autres. Vous êtes
responsable.
MyMithra : sur ce point, extrêment vaste, je vous
recommande la lecture de cet article (excellent) :
http://www.lemennicier.com/dossiers/t_jstprv.htm
MyMithra : ceci encore est un argument catastrophiste (il
y en a évidemment une infinité). Pourquoi voulez-vous que
quelqu’un qui possède des terrains se prive de revenus en
empêchant qu’ils soient cultivés, dans le seul but de voir
des inconnus mourir de faim ? Bien sûr, cette situation est
possible, mais vous, par exemple, vous conduiriez-vous ainsi
? Encore une fois, si vous croyez que c’est là la norme de
l’humanité, vous devez avoir très peur que de tels hommes
puissent réaliser leur sadisme en utilisant cette appareil
oppressif qu’est l’Etat. La réduction de l’Etat est alors
une priorité.
MyMithra : idem ! Le droit à la vie consiste dans le
droit de prendre les mesures nécessaires au maintien de sa
propre vie et à son épanouissement, il ne peut consister à
vivre au détriment des droits d’autrui.
Je vous recommande à ce propos :
http://www.fabriceproudhon.net/aynrand/mans_rights.htm
MyMithra : ce que vous dites là s’applique d’abord et
avant tout à des territoires régis par des états forts : non
seulement les individus n’y possèdent rien (tout appartient
à la collectivité, c’est-à-dire, en fait, à l’Etat), mais en
plus ils ne peuvent pas accéder à la propriété. Ce sont donc
effectivement des esclaves.
Aucun système de droits non contradictoire ne peut garantir
que tout le monde possède un terrain. Mais il existe un
système de droits qui garantisse que chacun soit
propriétaire de sa propre production et des terrains qu’il a
acquis: le capitalisme.
MyMithra : souvenez-vous que lorsque vous avez une
objection, commencez par essayer d’y voir clair en
raisonnant sur des droits de propriété. Si vous n’y parvenez
pas parce que par exemple vous trouvez la solution
abominable, demandez-vous si ce n’est pas tout simplement la
situation envisagée qui est abominable (et ça personne n’y
peut rien). Demandez-vous ensuite en quoi les hommes de
l’Etat seraient plus à même de résoudre le problème et
surtout s’ils ne crééraient pas des problèmes comparables et
même pires, en gardant à l’esprit que ce sont des hommes,
qu’ils ne sont pas plus vertueux que les autres (et même
probablement moins), et qu’ils utilisent de surcroit les
biens d’autrui pour poursuivre leurs propres fins. Vous
comprendrez alors que les hommes de l’Etat ne pourront rien
faire de plus que les individus, et qu’ils feront, en
général, pire.
L’idéalisation des hommes de l’Etat est une croyance
mystique héritée des temps anciens.
MyMithra : je vous en prie !
Bonjour,
Votre histoire des phares
(http://members.fortunecity.fr/mymithra/le_phare.html) vient d'être citée
sur le forum fr.soc.economie. Elle passe sous silence le rôle essentiel de
la couronne anglaise depuis 1261 pour faire respecter les "droits de
lumière" (light duties) perçus dans les ports et distribués aux
propriétaires de phares.
cf.
http://d-squareddigest.blogspot.com/2002_12_22_d-squareddigest_archive.html#86435321
qui démonte l'argument de Coase.
Kimon
Réponse de Mymithra
Cher Monsieur,
merci pour votre message.
J'ai lu avec attention l'article que vous m'avez proposé.
Mon niveau d'anglais étant vraiment faible, je ne pense pas
en avoir saisi toutes les subtilités.
Néanmoins, il me semble que les principales objections que
vous y voyez sont les suivantes:
1- La collecte des droits recueillis dans les ports était
assurée
par / sous le contrôle de / l'Etat anglais.
C'est peut-être effectivement une omission de Coase, mais
cela ne constitue pas la preuve que l'Etat était nécessaire
à la construction des phares. Cette collecte aurait fort
bien pu être réalisée par les propritétaires des phares
eux-mêmes, à moins que quelque chose ne m'échappe.
2- Mon argument ne s'appliquerait qu'aux phares "de
proximité" situés à l'entrée ou non loin d'un port. Il ne
s'appliquerait pas, par exemple à des phares situés sur des
écueils en haute mer.
En fait, la solution est la même: les propriétaires des
ports les plus proches de l'écueil peuvent s'organiser entre
eux pour partager les frais occasionnés par le phare. Mais
il existe également des solutions (dont je n'ai pas parlé
dans mon article, justement parce que je laisse au lecteur
le soin de les imaginer) qui s'appliquent à tous les phares:
le propriétaire du phare vend aux armateurs qui souhaitent
passer à proximité de l'écueil un numéro de téléphone (ou
tout autre code) servant à activer le phare situé sur
l'écueil qu'il doit croiser. Au départ du bâteau, l'armateur
n'a qu'à composer ce numéro, et le phare s'allume pour la
durée nécessaire au voyage (et même moins, grâce à quelques
calculs sur la vitesse maximale du bâteau). On peut aussi
imaginer un émetteur situé sur le bateau qui déclenche
l'allumage du phare dès que celui-ci se trouve à proximité,
etc...
Nul besoin de la coercition étatique.
La coercition et la violence ne sont JAMAIS productives,
elles sont destructrices. Comment voulez-vous que la
violence soit nécessaire à la vie en société ?
Très cordialement,
Mickaël Mithra
Réaction de Kimon Berlin
(1) En effet, l'exemple des phares anglais ne constitue pas une preuve de la
nécessité d'une intervention de l'État. Toutefois, Coase a utilisé cet
exemple comme preuve de fourniture de biens collectifs *sans intervention
de l'État*, ce qui est historiquement inexact.
(2) Oui; je ne cherche pas à critiquer le principe théorique de fourniture de
biens collectifs par d'autres entités que l'État (principe auquel je suis
largement favorable), mais seulement la pertinence de l'exemple des phares
anglais comme illustration de ce principe. Dans ce cas précis, le rôle de
l'État ne se bornait pas "à faire respecter les droits de propriété sur ces
phares", car il était aussi de garantir le paiement de droits d'usage. Le
modèle économique était donc beaucoup plus proche de la concession que du
développement spontané.
Cordialement,
Kimon
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