Commentaires des lecteurs

Dans cette rubrique, sont présentés des commentaires et critiques adressées par des lecteurs, ainsi que mes réponses.

  • 2 Février 2003, Le phare et la liberté, par XXX (L'auteur a souhaité rester anonyme)
  • 1er Février 2003, Le Phare, par Kimon Berlin

  • 2 février 2003
  • Commentaire posté par XXX à propos de l'article Le phare ou la question des biens "collectifs", paru dans le Québécois libre n°118.
    Sujet: Le phare et la liberté.

    Bonjour M. Mithra, j'ai lu avec attention votre texte intitulé 'Le phare ou la question des 'bienscollectifs'' sur quebecoislibre.org. Vous démontrez que les phares sont des biens qui peuvent très bien être créés, possédés et gérés par des individus. Je trouve l'idée que les besoins personnels peuvent parfois servir une société est très intéressante.

    Je me demande par contre comment cela pourrait être possible dans le cas de la protection de l'environnement. Est-ce que les entreprises vont d'eux-mêmes décider de polluer moins? Et si cela n'a aucune influence sur la comptabilité des dix prochaines années? Et si une compagnie voit ses profits menacés par la protection de l'environnement, n'aura-t-elle pas tendance à mettre des bâtons dans les roues de ceux qui veulent protéger les biens collectifs que sont l'eau des rivières, l'air que l'on respire? N'est pas un cas ou les gens qui forment une société doivent prendre une décision collective pour éviter un désastre irréparable?

    D'un autre côté, que dire de la sécurité des travailleurs? Si ces derniers sont remplaçables pourquoi s'en soucierait-on? Si l'on prend comme exemple l'Angleterre du 19ème siècle, société sur laquelle vous vous basez pour démontrer avec justesse que les phares peuvent être construit grâce à l'initiative privée, peut-on dire que les travailleurs étaient libres, qu'ils avaient des conditions d'emploi honorables avant qu'ils ne fondent des syndicats ou que des lois sur le travail les protègent?

    Ce sont deux points où j'ai de la difficulté à voir qu'un même raisonnement pourrait s'appliquer. Pouvez-vous m'éclairer sur ces questions?

    merci,

    XXX,
    Montréal, Québec


    Réponse de MyMithra

    Cher Monsieur,

    les questions que vous posez sont intéressantes et importantes. Je tâcherai de prendre le temps dans les jours qui viennent de vous donner des éléments de réponse argumentés et cohérents sur ces points.

    Je peux nénamoins vous donner dès à présent des pistes pour votre réflexion.

    Pour la protection de l'environnement, la problématique est la même que pour les phares: il s'agit de définir les droits de propriété sans lesquels aucune solution n'est possible (à part l'autoritarisme complet qui consiste à considérer que le souverain possède tout y compris les êtres humains eux-mêmes).

    La philosophie libertarienne n'est pas écolologiste, elle est humaniste. La différence entre les deux approches est que les écologistes, en fin de compte, veulent faire passer l'intérêt (parler d'intérêt n'a même pas de sens) de l'environnement avant celui des hommes, ce qui est absurde. Pour le libertarien, au contraire, la préservation de la nature n'a de sens que si elle répond à un besoin humain. Contrairement à l'écologisme, cela permet d'intégrer l'environnement dans l'echelle des priorités de l'individu, ce qui permet de sortir de l'arbitraire.

    Cela ne peut se faire que par un système de prix: quel prix est-on prêt à payer pour préserver l'environnement ? Sommes-nous prêts à travailler 20 heures par jour pour que l'eau des rivières soient potables, ou préférons-nous renoncer à la boire ? Bref, la question de la protection de l'environnement "en soi", en dehors d'une échelle de priorité, n'a pas de sens. Ceci est un premier problème.

    Le deuxième problème, plus important, est bien évidemment la dilution de la responsabilité. Tout le monde pollue, certains plus que d'autres, et les intérêts particuliers à court terme semblent l'emporter sur les conséquences globales à long terme.

    Mais il n'y a pas moyen de définir les responsabilités en dehors du cadre de la propriété. La nécessité de définir des droits de propriété apparaît avec la rareté des biens. Les biens dont on parle ici sont les ressources naturelles pures (non polluées). Tant qu'ils ne sont pas rares, il n'est pas grave de les consommer (les polluer), comme c'était le cas jusqu'à présent. Dès lors que les ressources non polluées deviennent plus rares, il devient nécessaire de définir les droits de propriété.

    Le problème n'est donc plus : "peut-on polluer ?", mais "où et chez qui peut-on polluer ?"

    Exemple: peut-on polluer les champs de culture par les nitrates ? Cette question devient soluble dès lors que l'on sait à qui appartient le champ, car alors c'est au propriétaire d'accepter ou non cette pollution, probablement moyennant finance (ce qui peut être dissuasif pour le pollueur). Il faut également garantir que la victime de la pollution puisse poursuivre son agresseur si celui-ci pollue son champ contre son gré.

    Pour les plages polluées par les marées noires, le problème est identique: tant que les plages propres ne sont pas rares, on se moque de la pollution. Mais quand elles le deviennent, alors il faut définir des droits de propriété dessus. Bien sûr, c'est déjà à moitité vrai puisque ce sont les communes qui sont censées en être propriétaires, mais c'est imparfait puisque les maires sont irresponsables de la même façon que les hommes de l'Etat.

    Si les plages (fréquentées) étaient privées, sous forme par exemple de copropriétés de riverains, d'hôteliers, et des loueurs de matériel de loisir, il n'y a aucun doute qu'elles seraient propres et que les pétroliers pollueurs seraient impitoyablement poursuivis.

    Au lieu de cela, le gouvernement appelle à la "responsabilité collective" (notamment à cause du "Prestige" qui a coulé récemment au large des côtes Européennes) et ce sont des volontaires qui nettoient, ce qui est inefficace, voire des fonctionnaires, ce qui est inadmissible puisque ce ne sont pas les contribuables qui doivent payer pour les dégâts occasionnés par des tiers.

    Bref, la piste que je vous propose est : la définition des droits de propriété, condition nécessaire à la recherche des responsabilités, et par ailleurs, de la liberté. En creusant cette question vous-même sur divers sujets (les rues, les plages, les ports, les forêts, etc...), vous allez voir à quel point elle simplifie et éclaire les problèmes.

    N'oublions pas que ce sont les Etats qui polluent le plus (pensez à l'URSS et à ses cimetières de sous-marins nucléaires).

    L'autre point est très différent. Il s'agit du marché du travail. Votre soucis rejoint un peu celui de Marx. Mais il repose sur l'hypothèse douteuse que les travailleurs sont naturellement surabondants et qu'ils sont en situation de concurrence insupportable. Mais les employeurs aussi sont en situation de concurrence. Ils ont aussi du mal à recruter. Ou du moins, devraient, car si la création d'entreprise n'était pas aussi réglementée et encadrée par des exigences administratives infernales, beaucoup plus d'entreprises verraient le jour, et la concurrence serait terrible pour recruter les meilleurs.

    Ce qui se passe en réalité, c'est qu'au nom de l' "intérêt des consommateurs", on impose des règles innombrables aux entreprises qui veulent produire, donc embaucher, règles que seules les grosses ont la capacité de supporter. Bref, les nouveaux entrants potentiels sont dissuadés, ce qui évidemment empêche une vraie concurrence entre les employeurs.

    La "protection du comsommateur" (imposée par l'Etat) empêche la concurrence des entreprises et rend la main d'oeuvre effectivement surabondante.

    Au XIX ème siècle, ce sont les patrons qui ont créé l'assurance maladie, les retraites (les pensions), le congé du Dimanche. L'Etat s'est emparé de tout cela (comme des phares) et a falsifié l'histoire du droit (comme il falsifie l'histoire tout court dans les programmes scolaires).

    Pourquoi ont-ils fait cela, ces patrons ? Certains invoquent des raisons morales (patrons chrétiens), d'autres parlent tout simplement d'une concurrence entre patrons, à l'époque où la main d'oeuvre commençait à se permettre d'être exigeante (à partir de 1860 en France), suite à une augmentation générale du niveau de vie sans précédent dans l'histoire de l'Europe.

    Dernier point, peut-être le plus important: il n'existe pas de différence en réalité, entre un entrepreneur et un salarié. Un salarié n'est rien d'autre qu'un sous-traitant. Il devrait pouvoir lui-même sous traiter son travail, à des employés ou à des machines (ses propres machines éventuellement). C'est la loi qui le lui interdit. Un salarié est en fait un entrepreneur individuel qui vend ses services sur le marché: il devrait pouvoir vendre ses services à plusieurs personnes, éventuellement en sous-traitant. C'est la loi qui souvent le lui interdit. En fait la loi l'oblige à n'avoir qu'un seul client à la fois (son parton) et elle oblige le client à acheter ses services. Essayez d'imaginer les dégâts que cette politique occasionnerait dans d'autres domaines économiques...

    C'est le marxisme qui veut à tout prix établir une distinction entre les "salariés" et les "capitalistes", CREANT ainsi les antagonismes de classe qu'il dénonce.

    Là encore, c'est par une définition claire des droits de propriété que l'on démonte la construction artificielle imposée par l'Etat.

    A chaque niveau des échanges entre "salariés" et "patron", se trouve une violation des droits de propriété instaurée par l'Etat(droit sur sa production, droit sur son propre corps, incluant le droit d'échanger librement).

    La pénétration de l'arbitraire de Etat dans la vie des gens est telle qu'on finit par la trouver naturelle, à ne rien imaginer d'autre.

    En attendant de vous en dire plus, j'espère que ces quelques pistes vous permettront de déblayer plus facilement certaines idées importantes et vous adresse mes très cordiales pensées.

    MyMithra


    Réaction de XXX

    Bonjour,

    je comprends votre argument selon lequel si on définit les droits de propriété sur l'eau, l'air et la terre, les gens ne pourront pas polluer comme ils le veulent. Je crois que cette idée rejoint l'idée de 'pollueur-payeur'. Vous avez raison que le cas du Prestige est désolant. Les gouvernements veulent faire payer les citoyens alors que les responsables devraient payer pour les conséquences de risques qu'ils connaissent très bien.

    Une meilleure définition de la propriété privée pourrait peut-être résoudre ce problème. Cependant, un écosystème ne s'arrête pas à la limite d'un terrain, et la pollution, même chez soi, peut influencer la qualité de la propriété d'autrui. Par exemple, à la suite d'une pluie, les nitrates que j'ai accepté de mettre sur mon champ se retrouvent dans une rivière un peu plus loin, et affecte toutes les propriétés le long de cette rivière. Comment peuvent-ils me faire assumer ma responsabilité dans ce cas? Un meilleur exemple peut-être: ma propriété est la seule où se trouve une espèce; si je décide de polluer sur ma propriété et cela provoque la destruction de cette espèce, cela ne regarde-t-il que moi? Qu'en est-il du cas où cette espèce provoque la disparition d'autres espèces sur des terrains voisins ?

    Dans un autre ordre d'idée (je laisse l'environnement de côté un instant), vous liez beaucoup les responsabilités aux droits de propriété. C'est une idée intéressante, mais qui fait naître en moi plusieurs questions. Premièrement, comment assurer ce droit à la propriété? Est-ce à chacun de protéger ses biens comme il peut ou doit-on organiser une 'police' pour ce faire? Comment s'assurer que les gens soient responsables et respectueux devant la propriété d'autrui? La question est 'qui fera justice?' en quelque sorte.

    Deuxièmement, que fait-on dans la situation où le droit à la propriété de quelqu'un fait qu'un groupe d'individus n'a pas accès à de la nourriture? Par exemple dans une région où quelqu'un aurait acquis tous les terrains et interdirait aux gens des les cultiver? Ou encore si un groupe n'a pas accès à de l'eau et les propriétaires de l'eau ne veulent pas la partager? Vous dites que votre philosophie est humaniste, mais le droit à la propriété passe-t-il devant le droit à la vie?

    Enfin, une personne peut-elle être vraiment libre dans ce système si elle ne possède pas de terrain? Dans ce cas cette personne serait en permanence sur la propriété d'autrui, et devra respecter les règles décidées par cette autre personne. Devient-elle esclave?

    Je pense que ces questions sont importantes, et je n'ai pas encore compris les réponses qu'y apportent la philosophie libertarienne. Pouvez-vous encore m'éclairer?

    Merci de l'attention que vous portez à mes interrogations,

    XXX
    Montréal


    Réponse de MyMithra

    Cher Monsieur,

    Je vais essayer de répondre à vos questions tout aussi légitimes que les précédentes, et qui sont vraiment au cœur du débat sur la liberté.

    je comprends votre argument selon lequel si on définit les droits de propriété sur l'eau, l'air et la terre, les gens ne pourront pas polluer comme ils le veulent. Je crois que cette idée rejoint l'idée de 'pollueur-payeur'. Vous avez raison que le cas du Prestige est désolant. Les gouvernements veulent faire payer les citoyens alors que les responsables devraient payer pour les conséquences de risques qu'ils connaissent très bien.

    MyMithra : attention, cependant, il n’y a pas besoin de définir des droits sur des ressources omniprésentes comme l’air. S’il fallait le faire, ce serait le symptôme d’une situation vraiment dramatique.

    Une meilleure définition de la propriété privée pourrait peut-être résoudre ce problème. Cependant, un écosystème ne s'arrête pas à la limite d'un terrain, et la pollution, même chez soi, peut influencer la qualité de la propriété d'autrui. Par exemple, à la suite d'une pluie, les nitrates que j'ai accepté de mettre sur mon champ se retrouvent dans une rivière un peu plus loin, et affecte toutes les propriétés le long de cette rivière. Comment peuvent-ils me faire assumer ma responsabilité dans ce cas?

    MyMithra : En fait, le problème est exactement le même, du moins en principe.

    Les droits de propriété peuvent être parfaitement clairs et les responsabilités tout autant. Ici, nous sommes plutôt face à un problème de preuves. Comment prouver que les nitrates proviennent bien du champ du voisin, et non de celui de quelqu’un d’autre ? Soit on peut le prouver, et le problème est réglé, soit on ne peut le prouver et dans ce cas il n’y a effectivement pas de solution. Mais il y a un moyen d’agir sans preuve et sans violence (ie sans Etat): par le boycott. Boycotter une personne ou un groupe parce que ses activités sont immorales sans faire de tord à personne (regarder des photos pédophiles) ou parce qu’on le soupçonne fort de causer des dégats peut être extrêmement efficace.

    De toutes façons, l’Etat est tout à fait incapable de résoudre ce problème : les hommes de l’Etat ne sont pas omniscients, ils ne trouveront pas de preuve là où il n’y en a pas. En revanche, ils sont capables de polluer eux-mêmes massivement en en faisant supporter les conséquences aux autres (essais nucléaires, guerres sales, industrialisation collective hautement polluante des pays communistes), ou au contraire interdire drastiquement toute pollution au préjudice du bien-être de millions de gens. Ici comme ailleurs, l’Etat ne pourra prendre que des décisions arbitraires et idéologiques.

    Un meilleur exemple peut-être: ma propriété est la seule où se trouve une espèce; si je décide de polluer sur ma propriété et cela provoque la destruction de cette espèce, cela ne regarde-t-il que moi?

    MyMithra : la réponse à ce type de questions est le bon sens et le réalisme. Considérez à quel point cette objection est tirée par les cheveux, et j’ose dire presque construite ad hoc. Vous faites là l’hypothèse que quelqu’un qui détient une espèce rarissime et unique va délibérément (et inutilement, car il ne lui en coûte rien de la préserver) la détruire. Bien sûr, on ne peut pas être certain que cela n’arrivera jamais. Mais ce sera extrêment rare : tout individu rationnel agirait autrement (ne serait-ce que par intérêt : une telle plante pourrait être avantageusement vendue à des botanistes).

    Vous pouvez ensuite croire que ce cas ne sera pas isolé et que l’homme est en général mauvais et irrationnel. Sur ce point, je ne vous suis pas, car je partage l’optimisme et la confiance dans l’homme qui caractérise les libertariens (qui pour cette raison aussi sont humanistes). Cette confiance est toutefois limitée : elle part du principe que la grande majorité des hommes sont rationnels et qu’ils cherchent leur propre intérêt et celui des autres quand ça ne leur coûte pas trop, ici vendre ou donner la plante à un botanniste plutôt que de la détruire bêtement.

    De plus, si vous croyez que les hommes en général sont mauvais et irrationnels, alors, il n’y a aucune raison de croire que l’Etat puisse être une solution (ce sont des hommes qui le gèrent), ni bien sûr la démocratie (à laquelle seuls des hommes mauvais participeraient). En fait, si l’homme est mauvais, alors la terre ne peut rien être d’autre qu’un enfer.

    Pour finir sur cette question importante qui a été longuement traitée par Rothbard (Les "cas de sauve qui peut" dans l’Ethique de la liberté) et surtout par Ayn Rand (l’"Ethique des urgences" dans la vertu d’égoïsme), il faut savoir qu’une règle de droit doit d’abord et avant tout résoudre les cas habituels, qui constituent la vie de tous les jours dans un environnement compatible avec l’existence d’une société humaine, et c’est précisément ce que fait le système des droits de propriété. Au contraire, les doctrines collectivistes mettent en avant une vision catastrophiste de l’homme (que se passe-t-il s’il n’y a pas assez de chaloupes de sauvetages pour tout le monde ?) qui non seulement ne résout même pas les cas extrêmes, mais surtout, et c’est le plus grave, ne dit rien sur les cas habituels qui constituent 99% de notre quotidien. En fait, elles ne proposent que des variantes de cette solution : donner tous les droits de propriété aux hommes de l’Etat et s’en remettre à eux.

    En fait, les droits de propriété s’appliquent même aux cas extrêmes, et c’est la preuve de leur cohérence : donc, oui, celui qui détruit une espèce rare qui se trouve dans sa propriété est dans son droit, mais ne cédez pas aux sirènes catastrophistes : une tel événement n’arrivera presque jamais.

    Qu'en est-il du cas où cette espèce provoque la disparition d'autres espèces sur des terrains voisins?

    MyMithra : dans ce cas, les droits de propriété clarifient tout : VOTRE espèce a détruit celles des autres. Vous êtes responsable.

    Dans un autre ordre d'idée (je laisse l'environnement de côté un instant), vous liez beaucoup les responsabilités aux droits de propriété. C'est une idée intéressante, mais qui fait naître en moi plusieurs questions. Premièrement, comment assurer ce droit à la propriété? Est-ce à chacun de protéger ses biens comme il peut ou doit-on organiser une 'police' pour ce faire? Comment s'assurer que les gens soient responsables et respectueux devant la propriété d'autrui? La question est 'qui fera justice?' en quelque sorte.

    MyMithra : sur ce point, extrêment vaste, je vous recommande la lecture de cet article (excellent) : http://www.lemennicier.com/dossiers/t_jstprv.htm

    Deuxièmement, que fait-on dans la situation où le droit à la propriété de quelqu'un fait qu'un groupe d'individus n'a pas accès à de la nourriture? Par exemple dans une région où quelqu'un aurait acquis tous les terrains et interdirait aux gens des les cultiver?

    MyMithra : ceci encore est un argument catastrophiste (il y en a évidemment une infinité). Pourquoi voulez-vous que quelqu’un qui possède des terrains se prive de revenus en empêchant qu’ils soient cultivés, dans le seul but de voir des inconnus mourir de faim ? Bien sûr, cette situation est possible, mais vous, par exemple, vous conduiriez-vous ainsi ? Encore une fois, si vous croyez que c’est là la norme de l’humanité, vous devez avoir très peur que de tels hommes puissent réaliser leur sadisme en utilisant cette appareil oppressif qu’est l’Etat. La réduction de l’Etat est alors une priorité.

    Ou encore si un groupe n'a pas accès à de l'eau et les propriétaires de l'eau ne veulent pas la partager? Vous dites que votre philosophie est humaniste, mais le droit à la propriété passe-t-il devant le droit à la vie?

    MyMithra : idem ! Le droit à la vie consiste dans le droit de prendre les mesures nécessaires au maintien de sa propre vie et à son épanouissement, il ne peut consister à vivre au détriment des droits d’autrui. Je vous recommande à ce propos : http://www.fabriceproudhon.net/aynrand/mans_rights.htm

    Enfin, une personne peut-elle être vraiment libre dans ce système si elle ne possède pas de terrain? Dans ce cas cette personne serait en permanence sur la propriété d'autrui, et devra respecter les règles décidées par cette autre personne. Devient-elle esclave?

    MyMithra : ce que vous dites là s’applique d’abord et avant tout à des territoires régis par des états forts : non seulement les individus n’y possèdent rien (tout appartient à la collectivité, c’est-à-dire, en fait, à l’Etat), mais en plus ils ne peuvent pas accéder à la propriété. Ce sont donc effectivement des esclaves. Aucun système de droits non contradictoire ne peut garantir que tout le monde possède un terrain. Mais il existe un système de droits qui garantisse que chacun soit propriétaire de sa propre production et des terrains qu’il a acquis: le capitalisme.

    Je pense que ces questions sont importantes, et je n'ai pas encore compris les réponses qu'y apportent la philosophie libertarienne. Pouvez-vous encore m'éclairer?

    MyMithra : souvenez-vous que lorsque vous avez une objection, commencez par essayer d’y voir clair en raisonnant sur des droits de propriété. Si vous n’y parvenez pas parce que par exemple vous trouvez la solution abominable, demandez-vous si ce n’est pas tout simplement la situation envisagée qui est abominable (et ça personne n’y peut rien). Demandez-vous ensuite en quoi les hommes de l’Etat seraient plus à même de résoudre le problème et surtout s’ils ne crééraient pas des problèmes comparables et même pires, en gardant à l’esprit que ce sont des hommes, qu’ils ne sont pas plus vertueux que les autres (et même probablement moins), et qu’ils utilisent de surcroit les biens d’autrui pour poursuivre leurs propres fins. Vous comprendrez alors que les hommes de l’Etat ne pourront rien faire de plus que les individus, et qu’ils feront, en général, pire.

    L’idéalisation des hommes de l’Etat est une croyance mystique héritée des temps anciens.

    Merci de l'attention que vous portez à mes interrogations,

    MyMithra : je vous en prie !



  • 1er février 2003
  • Commentaire posté par Kimon Berlin à propos de l'article Le phare ou la question des biens "collectifs", paru dans le Québécois libre n°118.
    Sujet: Phares.

    Bonjour,

    Votre histoire des phares (http://members.fortunecity.fr/mymithra/le_phare.html) vient d'être citée sur le forum fr.soc.economie. Elle passe sous silence le rôle essentiel de la couronne anglaise depuis 1261 pour faire respecter les "droits de lumière" (light duties) perçus dans les ports et distribués aux propriétaires de phares.

    cf. http://d-squareddigest.blogspot.com/2002_12_22_d-squareddigest_archive.html#86435321 qui démonte l'argument de Coase.

    Kimon


    Réponse de Mymithra

    Cher Monsieur,

    merci pour votre message.

    J'ai lu avec attention l'article que vous m'avez proposé. Mon niveau d'anglais étant vraiment faible, je ne pense pas en avoir saisi toutes les subtilités. Néanmoins, il me semble que les principales objections que vous y voyez sont les suivantes:

    1- La collecte des droits recueillis dans les ports était assurée par / sous le contrôle de / l'Etat anglais. C'est peut-être effectivement une omission de Coase, mais cela ne constitue pas la preuve que l'Etat était nécessaire à la construction des phares. Cette collecte aurait fort bien pu être réalisée par les propritétaires des phares eux-mêmes, à moins que quelque chose ne m'échappe.

    2- Mon argument ne s'appliquerait qu'aux phares "de proximité" situés à l'entrée ou non loin d'un port. Il ne s'appliquerait pas, par exemple à des phares situés sur des écueils en haute mer.

    En fait, la solution est la même: les propriétaires des ports les plus proches de l'écueil peuvent s'organiser entre eux pour partager les frais occasionnés par le phare. Mais il existe également des solutions (dont je n'ai pas parlé dans mon article, justement parce que je laisse au lecteur le soin de les imaginer) qui s'appliquent à tous les phares: le propriétaire du phare vend aux armateurs qui souhaitent passer à proximité de l'écueil un numéro de téléphone (ou tout autre code) servant à activer le phare situé sur l'écueil qu'il doit croiser. Au départ du bâteau, l'armateur n'a qu'à composer ce numéro, et le phare s'allume pour la durée nécessaire au voyage (et même moins, grâce à quelques calculs sur la vitesse maximale du bâteau). On peut aussi imaginer un émetteur situé sur le bateau qui déclenche l'allumage du phare dès que celui-ci se trouve à proximité, etc...

    Nul besoin de la coercition étatique.

    La coercition et la violence ne sont JAMAIS productives, elles sont destructrices. Comment voulez-vous que la violence soit nécessaire à la vie en société ?

    Très cordialement,

    Mickaël Mithra


    Réaction de Kimon Berlin

    (1) En effet, l'exemple des phares anglais ne constitue pas une preuve de la nécessité d'une intervention de l'État. Toutefois, Coase a utilisé cet exemple comme preuve de fourniture de biens collectifs *sans intervention de l'État*, ce qui est historiquement inexact.

    (2) Oui; je ne cherche pas à critiquer le principe théorique de fourniture de biens collectifs par d'autres entités que l'État (principe auquel je suis largement favorable), mais seulement la pertinence de l'exemple des phares anglais comme illustration de ce principe. Dans ce cas précis, le rôle de l'État ne se bornait pas "à faire respecter les droits de propriété sur ces phares", car il était aussi de garantir le paiement de droits d'usage. Le modèle économique était donc beaucoup plus proche de la concession que du développement spontané.

    Cordialement,

    Kimon