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La Question fondamentale
par MyMithra
A ma connaissance, cette question n’a pas encore reçu de réponse positive. Cette simple constatation m’oblige dans un soucis de cohérence, à remettre en cause l’essentiel des activités de l’Etat dont le rôle, tout au moins en France, est essentiellement celui de redistributeur. Cette question divise à mon avis l’humanité en deux grandes catégories. D’une part ceux que j’appelle, de manière générale, les libertariens (ou du moins certains d'entre eux), qui constatent qu’aucune réponse positive n’existe à ce jour et qui considèrent en attendant mieux, qu’il n’en existe pas. D’autre part ceux que j’appelle, également de manière générale, les collectivistes, qui considèrent que leur système de pensée fournit une réponse positive adéquate à cette question. En effet, même si la plupart des collectivistes admettent volontiers qu’ils ne connaissent pas le moyen de justifier, d’un point de vue strictement rationnel, une réponse positive à la question (Q1), ils considèrent néanmoins que leur intuition les guide vers cette réponse positive, ou que la réponse est « évidente », quoi que difficile à expliquer. Le libertarien se heurte alors de front au mur du dogmatisme, et le conflit n’étant pas soluble par le dialogue, il ne l'est en général que par la violence. Dans ce genre de cas, les libertariens, moins nombreux, et par nature peu enclins à utiliser la violence (qu’ils jugent illégitime, sauf dans les cas d’agression manifestement imminente), ont très souvent le dessous, voire toujours. L’intolérance insupportable des collectivistes est alors mise à nue surtout lorsqu’ils refusent d’envisager que le libertarien a peut-être, lui, des intuitions différentes et que de toutes façons, le recours à l’intuition utilisée comme preuve n’est pas une attitude rationnelle. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que libertarianisme et collectivisme ne sont pas symétriques : En effet, il existe une multitude de collectivismes, plus ou moins différents, plus ou moins extrêmes, qui en général s’opposent violemment les uns aux autres dans un combat sans merci pour la suprématie. Un exemple toujours mal compris est le combat acharné du Nazisme et du Socialisme, qui ne prouve pas l’existence d’une nette distinction entre les doctrines. Comme Hayek l’a parfaitement montré, elles sont en réalité très proches 1 et en situation de rivalité: pour le libertarien, il est parfois difficile de les distinguer. En revanche, il n’existe pas beaucoup de positions réellement libérales ou libertariennes. En fait il n’en existe qu’une : celle qui prend acte de ce que la légitimité comme la nécessité de l’Etat n’ont toujours pas été démontrées, et qu’en attendant, l’Etat est illégitime. Bien sûr, il existe en apparence des « degrés » dans le liberalisme, ces degrés correspondant aux débats sur la nécessité et la définition de concepts comme l’Etat minimal ou l’Etat ultraminimal 2 . En réalité, ces degrés ne concernent pas le liberalisme en tant que tel. Ce sont bien plutôt des degrés de pénétration des doctrines collectivistes dans l’esprit libéral, c’est-à-dire en définitive des versions un peu plus modérées de collectivisme. C’est ainsi que le liberalisme est teinté aujourd’hui d’une goutte de socialisme (d’un litre chez certains libéraux, ou plutôt « libéraux »), comme autrefois il a pu être teinté de christianisme. C'est ce qui le distingue, évidemment, du libertarianisme De même qu’il appartient aux théistes de prouver l’existence de Dieu et non aux athées de prouver sa non existence, il appartient aux collectivistes de démontrer la nécessité de l’Etat et non aux libertariens de prouver qu’on peut s’en passer. 3 On attend toujours la peuve de l’existence de Dieu, comme on attend toujours la démonstration de la nécessité de l’Etat.
Encore une fois, il n’y a pas de symétrie entre libertarianisme et collectivisme, tout comme il n’y a pas de symétrie entre théisme et athéisme. En effet, le théiste prétend quelque chose comme « Dieu existe », ou « Le Grand Mickey Cosmique nous regarde ». L’athée ne prétend rien, il n’énonce rien. Il demande simplement des justifications aux affirmations du théiste, dès lors que celui-ci veut lui imposer ses vues. En l’absence de justifications, il s’estime à juste titre libre de ne pas partager l’idéologie des théistes et leur mode de vie. De même, le libertarien ne prétend rien sur la société, et surtout il ne prétend rien imposer à qui que ce soit, aussi bien en matière d’action qu’en matière de pensée. Il attend du collectiviste une justification de ses positions, de ses affirmations et de ses exigences. Et cette justification, en général, n’arrive jamais. L’emploi du mot "extrémisme" pour désigner la négation totale de la nécessité de l’Etat, en l’absence de démonstration pertinente du contraire est donc inaproprié. Ce sont au contraire les collectivistes, qui veulent imposer leur point de vue sans justification, qui sont des extrémistes, même si leur collectivisme est léger. La plupart du temps, le collectiviste ne fait finalement rien d’autre qu’arborer un certain nombre de « principes » de base, qu’on ne peut selon lui remettre en question. Cette attitude est tout à fait semblable à celle du théiste, qui pose un certain nombre de « principes », ou « articles de foi » également impossibles à critiquer. Le libertarien pense qu’il n’est pas possible et donc pas souhaitable de postuler des principes éternels et universels, dans quelque domaine que ce soit. Il s’agit évidemment là d’une attitude proche de l’humilité idéologique indispensable au scientifique. Malgré les discours et les mots percutants qu'on entend ici et là, l’attitude du libertarien est donc objectivement humble, tolérante et ouverte. Celle du collectiviste est au contraire fermée, dogmatique, et intolérante. Le libertarien doit en permanence démonter les arguments des collectivistes,
qui cherchent par tous les moyens à justifier la réduction
de la liberté individuelle. Ce combat idéologique est un combat
de simple survie, qui demande une vigilance de chaque instant: comme il ne
s'agit pas pour le libertarien, à l'instar du collectiviste, d'imposer
une quelconque "idéologie", sa position est essentiellement critique. Ainsi, le libertarien va chercher les contradictions dans le discours
du collectiviste, soi internes, soi externes (c'est-à-dire entre la
théorie et la réalité). L'esprit critique, auxquels sont indissociablement liés l'amour
de la vérité et de la rationalité, est donc en définitive
l'unique instrument dont dispose le libertarien dans son combat
contre l'obscurantisme collectiviste. Notes : (1) F.A.Hayek, La route de la servitude.. Le Nazisme et le Socialisme partagent en effet la conviction philosophique fondamentale que les "riches" doivent payer pour les "pauvres". Les nazis s'en prennent donc au "riches juifs" tandis que les socialo-communistes s'en prennent aux "riches koulaks" ("riches bourgeois"). La différence entre les deux est de l'ordre du détail, ou de l'opportunisme historique, en regard de la justification philosophique ultime qui est de prendre les richesses là ou elles se trouvent, par la violence si nécessaire, sans égard pour la légitimité ou l'origine de la propriété de ces richesses. C'est le vol érigé en moralité (2) Voir R.Nozick : Etat, Anarchie, et Utopie (3) Cette comparaison a évidemment un but exclusivement pédagogique. Elle est destinée uniquement aux athées collectivistes qui comprendront de la sorte de quelle genre de dissymétrie il s'agit. Je l'utilise en effet à contrecoeur, car le théisme et les "religions monothéistes" sont comme le montre l'Histoire, infiniment plus inoffensives que des collectivismes durs comme le socialisme, hitlérien ou maoïste.
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