L'impossible Etat laïc: Pourquoi la laïcité ne peut s'accomoder d'aucun Etat
Par MyMithra, 12/2002

A-t-on bien réfléchi au sens de l'expression "Etat laïc" ? Les collectivistes ont la malencontreuse habitude de parler tout naturellement de choses qui n'existent que dans leur imagination... Avant de vouloir un "Etat laïc", la moindre des choses est de vérifier qu'il n'y a pas là une nouvelle contradiction. Voyons ce qu'il en est vraiment:

Qu'est-ce que la laïcité ? C'est tout simplement la neutralité de l'Etat vis-à-vis des religions, de ses représentants et de ses institutions: l'Etat ne doit ni combattre ni encourager les religions. D'un point de vue laïc, une religion n'est rien d'autre qu'un ensemble de croyances et d'idéologies qui ont en commun un ou plusieurs concepts surnaturels: un Dieu ou des dieux, par exemple.
Mais dans ce cas, au nom de quoi peut-on exiger la laïcité de l'Etat ? Si on considère que la laïcité se résume à la neutralité à l'égard des idéologies théistes et déistes à l'exception de toute autre, alors cette exigence est totalement arbitraire. En effet, pourquoi ne pas exiger plutôt que l'Etat soit neutre à l'égard de l'astrologie, de la radiésthésie, ou de la croyance en la psychokinèse 1 ? Pourquoi ne pas demander la laïcité de l'Etat à l'égard de certaines idéologies théistes et déistes seulement, par exemple à l'égard de l'Hindouisme mais pas du Judaïsme ? Et qu'en est-il des idéologies d'inspiration religieuse qui ne font référence à aucun "dieu" ? Comment l'Etat doit-il se comporter à leur égard ? Peut-on considérer que les extraterrestres attendus par les raéliens sont assimilables à des "dieux" ? Mais alors pourquoi pas n'importe quel objet ou n'importe quel individu ? Si j'adore matin et soir la Sainte Carotte placée dans mon réfrigérateur, est-ce une religion ?

Certains estiment que les "religions" sont particulièrement "dangereuses" et qu'à ce titre, la laïcité à leur seul égard se justifie. Cet argument ne tient pas d'abord parce que les religions en question sont extrêmement différentes les unes des autres donc inégalement dangereuses, et ensuite parce que d'autres idéologies se sont révélées infiniment plus meurtrières que les religions: les crimes sans précédent du socialisme et de sa version nationaliste au XXème siècle sont là pour nous en convaincre. Il faut ainsi une singulière dose de mauvaise foi pour prétendre que le christianisme, par exemple, est plus dangereux que le communisme: il ne l'est ni dans les textes, ni surtout dans les faits.
Bref, le concept de laïcité réduit à la seule neutralité vis-à-vis des "religions" est complètement arbitraire et finalement partial.
La laïcité ne peut donc être réclamée que comme neutralité à l'égard de toute idéologie, théiste ou non.

Si maintenant, on considère ce qu'est l'Etat, on s'aperçoit vite qu'il ne peut exister sans un minimum de prélèvements obligatoires. Mais pour choisir ceux à qui il prélève, ceux à qui il donne et dans quelles proportions, l'Etat a nécessairement besoin de s'appuyer sur une idéologie: à qui doit-il prendre leurs biens par la force ? Aux jeunes ? Aux mal-pensants ? Aux délinquants ? Aux riches rentiers ? A ceux dont le salaire est élevé ? A ceux qui se sont enrichis rapidement ? Ou au contraire lentement ? A ceux qui se sont enrichis par des moyens peu plaisants aux yeux de l'Etat ? Aux possesseurs d'une voiture ? D'un blue jean ? D'une télévision ? A ceux qui ont fait un héritage ? Aux assassins ? Aux immigrés clandestins ? Aux gens bien portants ? A tous en même temps ? Et dans ce cas, dans quelles proportions ?
De même, à qui va-t-il le distribuer ? Aux gens inefficaces mais méritants ? Ou au contraire aux gens productifs, pour les encourager ? Aux familles nombreuses ? Aux homosexuels ? Aux adversaires de la peine de mort ? Aux vieux ? Aux jeunes ? Aux chauves ? Aux artistes ? Aux ingénieurs ? Aux gens qui ont joué toute leur vie au lotto sans gagner une seule fois ?

Il est clair que tout impôt est nécessairement idéologique. Puisque toutes les activités de l'Etat sont financées par l'impôt, toutes les actions de l'Etat sont elles-mêmes idéologiques: l'Etat est et ne peut-être qu'une construction idéologique. Dans ces donditions, il est absurde de vouloir rendre l'Etat "laïc".

Voilà pourquoi la soi-disant "laïcité de l'Etat" n'est même pas un voeux pieux: c'est une incohérence, une absurdité, ou plutôt une enième tentative de légitimer ce qui est par nature illégitime: l'Etat, en chantant l'air de la neutralité, sans égard pour l'absurdité de cette revendication. Une enième tentative de masquer le caractère inéluctablement partisan des actions de l'Etat...
A moins qu'il ne s'agisse encore d'un prétexte utilisé par ceux qui veulent remplacer l'idéologie de l'Etat par une autre, plus conforme à leur intérêt du moment.


Notes:

1. Pouvoir supposé de l'esprit de déplacer les objets à distance.