L'esclavage
Par MyMihtra

Il y a pire que l’esclavage : c’est d’avoir des esclaves et de les appeler «citoyens ».
Alphonse de Lamartine

Il est amusant de constater que l’Etat collectiviste moderne est un farouche adversaire de ce qu’il appelle « l’esclavage ».
Pourtant, dans un état collectiviste, les libéraux (et d’une manière générale, tous ceux qui ont la lucidité de leur situation) sont objectivement en situation d’esclavage, selon la définition choisie par les collectivistes eux-mêmes. En effet, ils sont obligés de verser le produit de leur travail (en grande partie) à un maître qu'ils n'ont pas choisi, et ce sous peine de violence physique.

Cet apparent paradoxe disparaît dès lors qu’on examine les choses d’un peu plus près. On s’aperçoit alors que l’Etat, une fois de plus, s’arroge simplement le monopole de l’esclavage, en interdisant sous peine de violence physique toute forme de concurrence et en propageant dans la population l'aliénation selon laquelle il n'est pas lui-même esclavagiste.

Pour se justifier, il ne peut employer l’argument rationnel libéral (« qu’est-ce qui justifie rationnellement la coercition physique, etc… » ? Rien), car l’application de celui-ci à l’Etat lui-même entraînerait immanquablement la conclusion logique que l’Etat est précisément esclavagiste. Il emploie donc des motifs idéologiques ad hoc , comme les fameux « droits de l’homme », ou la fameuse « dignité de l’homme » qui sert de sauce à tous les plats. Or, ces motifs idéologiques, la prochaine tendance collectiviste se fera une joie de les modifier. Elle le pourra d’autant plus facilement que les motifs en question, précisément parce qu’ils sont  injustifiés rationnellement, sont particulièrement vulnérables. Une propagande subtile suffira à les détruire, comme elle a suffit à les construire.

La critique de l’esclavage par l’esprit libéral est beaucoup plus radicale que celle de l’esprit collectiviste. En effet, elle est d’une certaine manière absolue, puisqu’elle ne souffre aucune exception. En revanche, l’esprit collectiviste s’oppose à l’esclavage dans tous les cas sauf un, mais de taille. Cette opposition hybride est alors justifiée par un discours idéologique ad hoc, donc complexe, souvent obscur et finalement hypocrite.

En résumé, la véritable critique de l’esclavage ne peut venir que de l’esprit libéral, dont elle est en définitive l’unique objet. Celle qui provient de l’Etat collectiviste est en réalité hypocrite et biaisée, et par la-même, défaillante.

Une fois de plus, le libéralisme l’emporte haut la main sur le collectivisme en termes d’éthique, dans l’acception même que prêtent à ce mot les collectivistes contemporains.

Ainsi, les libéraux, conscients de la forme d’esclavage dans laquelle ils sont maintenus par l’Etat, souffrent évidemment de cette situation.

Mais leur condition est pire que celle des esclaves "habituels", premièrement parce que contrairement à ceux-ci, les libéraux-esclaves ne peuvent exhiber au grand jour les souffrances dûes à la privations de leur liberté sans accentuer encore la fureur des collectivistes, et augmenter en conséquence, leur risque d'être persécutés davantage. Ce sont des esclaves auxquelles il n’est pas même permis d’entonner les chœurs de Nabucco (1).

Deuxièmement, les esclaves "habituels" ont en général la possibilité d'échapper à leur condition, soit en achetant leur liberté, soit en tentant (même si c'est au péril de leur vie) de s'enfuir dans des territoires prospères où le maître n'a pas la possibilité de les poursuivre. Le libéral n'a pas cette possibilité : l'Etat est partout, et avec les organes totalitaires internationaux comme l'ONU, l'OMS, la ligue des "Droits de l'Homme", etc... que l'on pourrait regrouper sous le sigle général d'OTM (Organisation Totalitaire Mondiale), la condition d'esclave des libéraux tend à s'aggraver partout.

Notes : (1) le « chœur des esclaves », Nabucco,  opéra de Giuseppe Verdi.